L'avocat du policier blanc Derek Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd, a commencé jeudi à construire sa défense, en interrogeant longuement la petite amie de l'Afro-Américain sur leur consommation d'opiacés.

Après trois jours de témoignages accablants pour l'agent de police, son avocat Eric Nelson a adopté une posture plus offensive face à Courteney Ross, une femme blanche de 45 ans qui a entretenu une relation intime avec George Floyd de 2017 à sa mort.

Le quadragénaire noir est décédé le 25 mai à Minneapolis après avoir été maintenu au sol pendant plus de neuf minutes, avec le genou de Derek Chauvin sur le cou. L'agent de 45 ans, inculpé de meurtre dans ce dossier qui a suscité un fort émoi dans le monde entier, plaide non coupable.

Son avocat assure qu'il n'a pas causé la mort de George Floyd mais que l'Afro-Américain de 46 ans a succombé à une overdose au fentanyl, combinée à des problèmes de santé. L'autopsie officielle a bien retrouvé des traces de ce puissant opiacé de synthèse dans le corps de la victime mais a identifié "la compression du cou" comme cause du décès.

Des experts médicaux seront convoqués pour en débattre devant les jurés mais dès jeudi, Eric Nelson a cherché à rassembler des éléments allant dans son sens lors de l'interrogatoire de Mme Ross.

L'accusation avait tenté de déminer le terrain en la faisant parler de leur relation. Très émue, cette mère de deux enfants avait dépeint un homme "plein d'énergie", "doux" avec qui la vie était "une aventure".

- "Tactique facile" -

Quant à leur usage de drogues, "c'est une histoire classique de gens qui deviennent dépendants aux opiacés parce qu'ils souffrent de douleurs chroniques. Moi c'était au cou, lui au dos...", avait-elle simplement expliqué au procureur.

Me Nelson est ensuite entré en jeu, en l'assaillant de questions sur la nature des drogues consommées, sur les effets de certaines pilules, sur leurs sources d'approvisionnement et sur un séjour à l'hôpital de George Floyd, début mars dernier, pour overdose.

Il a également souligné qu'ils avaient parfois acheté des drogues aux deux personnes qui se trouvaient avec George Floyd au moment de sa mort. L'un d'eux, Morries Hall, a déposé un recours jeudi pour éviter de témoigner au procès.

La stratégie de Me Nelson a suscité le courroux de la famille Floyd qui a dénoncé "une tactique facile quand les faits sont contre vous".

"Des dizaines de milliers d'Américains luttent contre l'auto-médication et une addiction aux opiacés et sont traités avec dignité, respect et soutien, et non avec brutalité", ont écrit leurs avocats dans un communiqué, en se disant confiants dans la capacité des jurés à "passer outre".

- "Costaud" -

Les trois jours précédents ont vu défiler à la barre des témoins du drame qui, encore clairement traumatisés, ont décrit leurs efforts infructueux pour tenter de convaincre le policier de relâcher la pression.

Les derniers instants de George Floyd ont été joués et rejoués avec des séquences, quasi insoutenables, captées par des caméras de surveillance, des téléphones portables et les caméras-piétons des policiers.

Sur ces images, on voit le quadragénaire râler, haleter, supplier à plus de vingt reprises, "Je ne peux pas respirer". Derek Chauvin maintient sa pression même quand ses collègues notent que George Floyd "s'est évanoui" et n'a "plus de pouls".

Sur une vidéo, on le voit expliquer à un badaud qu'il devait "contrôler" George Floyd parce qu'il était "costaud" et "apparemment drogué".

Remis en liberté, Derek Chauvin comparaît libre mais n'a pas encore pris la parole.

Son procès doit durer jusqu'à la fin avril et le verdict sera rendu dans la foulée. Ses trois ex-collègues Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront jugés en août pour "complicité de meurtre".