Febe Carillo-Ramos cache mal son enthousiasme depuis l'hangar d'autobus texan de Brownsville, à quelques pas de la frontière avec le Mexique: ses 1.600 kilomètres de périple depuis le Guatemala sont derrière elle, et pour la première fois en 20 jours, elle peut se déplacer sans crainte.

Son fils de trois ans sur ses genoux, elle dévoile des feuillets remis la veille par la police américaine aux frontières.

"On m'a dit qu'avec ces documents, je pourrai aller n'importe où", sans crainte immédiate d'expulsion, confie la femme de 29 ans. Pour elle, ce sera direction Houston, métropole texane où travaille déjà son mari.

Comme Febe Carillo-Ramos, plusieurs personnes disant fuir la pauvreté et la violence en Amérique centrale ont confié à l'AFP avoir été encouragés dans leur traversée par la promesse du président Biden d'avoir une approche plus "saine et humaine" vis-à-vis des migrants que son prédécesseur Donald Trump.

Cette posture est vivement dénoncée par l'opposition républicaine. Elle accuse le démocrate de provoquer une "crise" à la frontière, voire pour certains, de laisser des "terroristes" passer par là.

- Femmes et enfants -

A Brownsville, commune bordée par le Rio Grande que tant de migrants suivent dans leur traversée, ce sentiment de crise ne semble pas prédominer.

Une fois la nuit tombée, des migrants arrivent depuis la rive mexicaine, persuadés qu'une fois le pied de l'autre côté de la frontière américaine, Biden les laissera rester.

La police américaine aux frontières assure qu'en février, plus de 100.000 migrants en situation irrégulière -- pour la plupart célibataires -- ont été arrêtés, renvoyés vers le Mexique ou leur pays d'origine.

Tous les jours, des douzaines de familles, principalement des femmes accompagnées de jeunes enfants, empruntent pourtant légalement des bus aux Etats-Unis jusqu'à leur destination de choix.

Sont également garantis de pouvoir rester sur le sol américain les enfants qui traversent la frontière sans parent, un revirement radical par rapport à la politique de Donald Trump.

Dans le but de dissuader les migrants, l'administration Trump a séparé des familles, gardant les enfants aux Etats-Unis tout en renvoyant les parents de l'autre côté de la frontière.

Des enfants non accompagnés ont été détenus pendant des mois.

Désormais, à Brownsville, les ONG locales qualifient la situation de plus humaine.

Après s'être enregistrés auprès de la police aux frontières, les migrants arrivant en famille sont déposés à la gare routière ou à l'aéroport.

À la gare, des bénévoles de l'ONG Team Brownsville leur donnent des vêtements et des jouets pour les enfants. Un centre pour sans-abris proche, Good Neighbor Settlement House, offre repas et kits de toilette.

Et un autre groupe, financé par des dons, propose à chaque migrant un test de dépistage du Covid-19.

- Encouragés par Biden -

Les migrants ont pour beaucoup de la famille quelque part aux Etats-Unis - un mari en Virginie, un oncle dans l'Indiana, ou des cousins beaucoup plus proches à Houston.

Mais tous disent aussi qu'ils fuient le manque d'emplois et d'argent, et la menace constante de la violence - "des délinquants et des narcotrafiquants avec qui l'on ne plaisante pas", selon Febe Carillo-Ramos.

Sam Bishop, qui travaille avec Global Response Management, qui fournit un soutien médical aux migrants du côté mexicain de la frontière, compare ces migrants aux réfugiés fuyant la violence qu'il a rencontrés en tant que médecin militaire américain au Moyen-Orient.

Défendant la politique du gouvernement, le ministre américain à la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas a admis mardi ce que les administrations précédentes ont toutes constaté: La situation est "difficile".

"Nous sommes en voie d'avoir plus de personnes à la frontière sud-ouest que nous n'en avons eu au cours des 20 dernières années", a-t-il indiqué.

Il a admis que si la plupart des migrants sont expulsés, dans des zones comme Brownsville, l'entrée est rarement refusée aux familles.

Né à Cuba, M. Mayorkas a rappelé être "venu dans ce pays bébé, amené par des parents qui comprenaient l'espoir et la promesse de l'Amérique".

"Aujourd'hui, de jeunes enfants arrivent à notre frontière avec ce même espoir."