Le Chilien Nicolas Zepeda, soupçonné d'avoir assassiné son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki à Besançon en 2016, a été remis jeudi aux autorités françaises à Santiago et est attendu à Paris vendredi matin.

"M. Zepeda vient d'être remis aux policiers français à l'aéroport de Santiago. Il sera donc présenté à Besançon demain" (vendredi), a annoncé à l'AFP le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux.

Cette procédure relance ce feuilleton judiciaire qui tient en haleine les médias japonais depuis plus de trois ans et demi, tranchant avec la relative indifférence des Chiliens pour ce dossier.

Mercredi soir, la police chilienne était allée chercher Nicolas Zepeda à son domicile, dans un immeuble cossu de la station balnéaire de Viña del Mar, à quelque 120 kilomètres de la capitale. Il avait ensuite été conduit à l'aéroport de Santiago du Chili à bord d'un véhicule de police.

L'unique suspect du meurtre de Narumi Kurosaki, assigné à résidence pour "éviter un possible danger de fuite", doit à présent embarquer sur le vol Air France de 14H55 (18H55 GMT), pour une arrivée prévue à Paris Charles-de-Gaulle, vendredi matin à 10H55 heure française (08H55 GMT).

- Mise en examen -

Nicolas Zepeda se verra notifier l'exécution de son mandat d'arrêt international à son arrivée à l'aéroport parisien de Roissy, selon M. Manteaux.

Les enquêteurs de la police judiciaire l'emmèneront ensuite à Besançon, où il sera présenté à la juge d'instruction en charge du dossier.

"C'est le commencement d'une deuxième phase de l'instruction, avec peut être des rebondissements dans cette phase", a repris M. Manteaux. "Il va être présenté demain au juge d'instruction en vue de sa mise en examen éventuelle du chef d'assassinat. S'il est mis en examen, le parquet demandera à ce qu'un débat contradictoire se tienne pour un éventuel placement en détention".

"La rapidité avec laquelle la justice chilienne, en plus dans un contexte de Covid, a répondu à notre demande d'extradition est exceptionnelle", a encore salué le procureur de Besançon.

Narumi Kurosaki, une étudiante de 21 ans, vivait sur le campus universitaire de Besançon où elle a été vue pour la dernière fois le 4 décembre 2016. Nicolas Zepeda, fils d'une riche famille chilienne, était son ancien petit ami.

Ils s'étaient rencontrés au Japon en 2014 où il était parti étudier. Il en était tombé éperdument amoureux et l'avait présentée à sa famille.

- Corps jamais retrouvé -

Selon l'enquête, peu avant la disparition de Narumi, les deux jeunes gens avaient pris leurs distances et l'étudiante japonaise avait débuté une nouvelle relation, suscitant la jalousie du Chilien, qui se trouvait alors dans son pays.

Etienne Manteaux s'était rendu en avril 2019 au Chili avec un magistrat instructeur et deux enquêteurs.

Sept mois plus tard, il avait annoncé que l'enquête était "close" et que les "34 mois d'investigations" justifiaient "la demande d'extradition de Nicolas Zepeda pour qu'il comparaisse devant la cour d'assises de Besançon pour l'assassinat de Narumi Kurosaki".

D'après les enquêteurs, Nicolas Zepeda s'était rendu début décembre 2016 dans cette ville pour y voir la jeune femme. Le soir du 4 décembre, la veille de sa disparition, ils étaient rentrés ensemble dans le logement de Narumi.

Cette nuit-là, selon le procureur, plusieurs étudiants ont entendu "des hurlements de terreur, des cris", mais "personne n'a prévenu la police".

D’après la géolocalisation de sa voiture de location, le 6 décembre 2016 à l'aube, le suspect s'était rendu dans une zone boisée à l’est de Dole (Jura), où les enquêteurs pensent qu’il s’est débarrassé du corps. Quelques jours plus tôt, il avait acheté des allumettes et un bidon de produit inflammable, selon l'enquête.

Malgré d’importantes recherches, le corps n’a jamais été retrouvé.

Dans un courrier envoyé par le suspect aux autorités chiliennes, Nicolas Zepeda avait raconté être allé voir Narumi à Besançon début décembre 2016 et qu’ils s'étaient alors "rendu compte qu’ils étaient toujours amoureux". Il disait avoir passé une partie de la nuit du 4 au 5 décembre avec elle, mais affirmait être ensuite reparti seul.

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