Poussé par la crise du Covid-19 à accélérer sa restructuration, le groupe Air France doit officialiser vendredi la suppression de plus de 7.500 postes d'ici fin 2022, pour l'essentiel via des départs naturels non remplacés et des départs volontaires, même si des licenciements dans le court-courrier ne sont pas exclus.

Les directions d'Air France et de la filiale régionale Hop! devaient présenter les perspectives sur l'emploi dans les deux compagnies au cours de réunions programmées à partir de 9H00: un comité social et économique central (CSEC) extraordinaire porte de Montreuil à Paris pour la compagnie historique et un CSE extraordinaire à l'aéroport de Nantes pour Hop!.

Les représentants du personnel de Hop! ont "décidé unanimement de ne pas participer" à cette instance pour "faire barrage" à la "disparition programmée" de la compagnie, a annoncé le secrétaire du CSE de Hop!, Joël Rondel, qui s'y est rendu seul afin d'obtenir la nomination d'un expert.

A Nantes, près d'une cinquantaine de personnes présentes dès l'aube ont cadenassé le portail pour bloquer l'accès au siège de la compagnie régionale. Plusieurs cadres n'ont pas pu accéder au CSE, aux abords duquel a été allumé un feu de palette et de pneus allumé par des salariés, a constaté une journaliste de l'AFP.

Chez Hop!, la réduction des effectifs va être atteindre 40%, avec un peu plus de 1.022 postes supprimés sur environ 2.400 emplois (ETP), a indiqué M. Rondel à l'issue du CSE, peu avant 11H00.

Ces suppressions concernent aussi bien les pilotes (328) que les hôtesses et stewards (286), le personnel de maintenance (291) et les services administratifs (117). La direction a également annoncé la fermeture de 12 des 14 bases de personnel navigant (toutes sauf Paris-Charles-de-Gaulle et Lyon) et des sites de maintenance de Lille et Morlaix, selon lui.

-"Colère"-

"Aujourd'hui on dénonce les 1.022 suppressions d'emploi, on dénonce l'arrêt de certaines lignes, on dénonce le transfert d'activité de notre périmètre vers Transavia", la compagnie low-cost du groupe, a expliqué M. Rondel.

Un rassemblement était également prévu sur le site de Morlaix, qui outre la maintenance des avions accueille aussi un centre de formation et du personnel administratif, soit quelque 300 salariés au total.

Chez Air France, la direction veut supprimer 6.560 postes en CDI équivalents temps plein (ETP) sur environ 41.000, soit 16% des effectifs de la compagnie tricolore, a appris dès mardi l'AFP auprès de sources syndicales. Un peu plus de la moitié (3.500) doit être supprimée être via des départs naturels non remplacés, selon un document consulté en amont du CSEC.

La direction d'Air France n'a pas souhaité confirmer ces chiffres en amont du CSEC extraordinaire, se contentant d'indiquer que "la baisse durable d'activité et le contexte économique liés à la crise du Covid-19 imposent d'accélérer la transformation d'Air France".

Devant le siège de Air France à Roissy, une centaine de personnes étaient rassemblées pour exprimer leur "colère" face aux suppressions de postes, a constaté une journaliste de l'AFP.

Le grillage de la vaste entrée du siège de la compagnie aérienne était recouvert par de nombreuses affiches: "Nos vies valent plus que 7 milliards", "Air France veut nous tuer" ou encore l'équation "+7.000.000.000 = -10.000 emplois = arnaque pour tous".

"La stratégie de choc on n'en veut pas, le trafic reprend, ne prenons pas des décisions à la hâte", a estimé Guillaume Pollard (syndicat Alter), pilote Air France depuis 22 ans. "La crise, on ne la nie pas mais (la direction) en profite pour faire passer ce plan qui a été concocté bien avant la crise", accuse-t-il.

Pour Julien Lemarié (CGT), "on sacrifie Hop!". "On réclame des dates pour entamer des négociations et un plan de départ digne", explique ce manutentionnaire.

- Départs contraints? -

Chez Air France, la direction souhaite régler rapidement la question du sureffectif au sein du personnel navigant en négociant des ruptures conventionnelles collectives (RCC). Le SNPL, syndicat majoritaire chez les pilotes, a déjà donné son feu vert.

Pour le personnel au sol, elle cible 2.630 postes (hors départs naturels non remplacés) et s'oriente vers un projet de PDV-PSE (plan de départs volontaires-plan de sauvegarde de l'emploi) destiné à "accompagner les réductions d'emploi en privilégiant le volontariat", selon le document consulté.

Le réseau court-courrier fera figure d'exception: si les départs volontaires ne sont pas suffisants et les mobilités géographiques refusées par les salariés, il pourrait y avoir des licenciements secs, une première chez Air France.

Il en ira de même chez Hop!, dont le personnel a déjà connu plusieurs restructurations. La compagnie connaîtra des départs naturels non remplacés et un PDV-PSE pour l'ensemble du personnel.

Fortement secoué par la crise du Covid-19, comme l'ensemble du secteur, le groupe Air France s'est lancé dans un "plan de reconstruction" qui prévoit une réduction de son réseau français (déficitaire) de 40% d'ici à la fin 2021.

L'État français, après avoir accordé à Air France-KLM un soutien financier de 7 milliards d'euros, avait demandé au printemps au groupe franco-néerlandais d'améliorer sa rentabilité et son impact environnemental.