L'avenir politique d'Angela Merkel, qui entend rester à son poste de chancelière jusqu'en 2021, risque fort d'être agité, le SPD, son partenaire au sein de la coalition gouvernementale venant de se choisir une nouvelle direction penchant à gauche.

Les militants de la formation sociale démocrate ont infligé samedi soir un revers humiliant au ministre des Finances, Olaf Scholz, qui souhaitait co-présider le parti avec Klara Geywitz, leur préférant deux personnalités relativement inconnues et critiques de la coalition au pouvoir à Berlin, Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans.

Cette coalition réunit le SPD et les conservateurs de la CDU-CSU.

Ce coup de théâtre inaugure une semaine d'incertitudes pour la coalition, avec le vote du SPD vendredi prochain pour décider de rester ou pas au gouvernement, lors de son congrès annuel.

Angela Merkel, au pouvoir depuis quatorze ans, a déclaré qu'elle démissionnerait à la fin de son mandat en 2021.

Mais son départ pourrait se produire plus vite que prévu depuis le vote surprise de samedi.

-'des conditions inacceptables'?-

Meurtri par une déroute électorale en 2017, le SPD a tenté tout d'abord d'entrer dans l'opposition avant d'accepter avec réticence de renouveler son alliance gouvernementale avec Angela Merkel.

Beaucoup néanmoins s'inquiétaient dans les rangs du parti de continuer à gouverner dans l'ombre de la chancelière, redoutant de s'aliéner leurs racines sociales dans une alliance avec les conservateurs.

Ce mariage bancal dès le début a conduit la coalition à tituber de crise en crise.

Les revers électoraux subis aux élections régionales et européennes ont contraint le SPD à se doter d'une nouvelle direction.

Le choix des militants du SPD sanctionnant Olaf Scholz représente "un vote de défiance sans ambiguïté contre l'establishment du parti", estime le quotidien (de gauche) TAZ.

"Au sein du SPD, on considère qu'une sortie de la GroKo est tout à fait possible" avec les nouveaux dirigeants du parti, poursuit le journal Bild, en utilisant l'expression désignant la "grande coalition" du SPD avec la CDU/CSU.

Même si un effondrement du gouvernement est évité dans l'immédiat, "le scénario (des sociaux-démocrates) présentant des conditions inacceptables de façon à préparer leur sortie" de la coalition gouvernementale "est possible", poursuit le quotidien.

Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans ont d'ores et déjà indiqué qu'ils inciteraient l'alliance de centre-droit d'Angela Merkel à investir davantage dans la protection de l'environnement.

Ils ont mis en question également la politique du "zéro noir", aucun nouvel endettement, une ligne rouge pour la chancelière et l'alliance au pouvoir.

Angela Merkel a qualifié encore cette semaine une telle possibilité d'"absurde".

Le ministre de l'Economie, Peter Altmaier, a multiplié les avertissements sur une remise en cause du "zéro endettement".

L'engagement à "ne pas contracter de nouvelles dettes était l'une des promesses les plus importantes (de l'alliance CDU-CSU) lors de la campagne électorale", a-t-il souligné dimanche dans le quotidien financier Handelsblatt.

Holger Schmieding, économiste en chef à la Berenberg Bank, a mis en garde: "si les deux partis (CDU et CSU) ne peuvent pas s'entendre sur le fait que la politique allemande penche davantage à gauche comme le souhaitent les militants du SPD, cela pourrait signifer la fin de la coalition".

-'un gouvernement minoritaire?' -

Une telle éventualité pourrait mener Angela Merkel à conduire un gouvernement minoritaire.

La chancelière a écarté une telle option à plusieurs reprises. Le quotidien Die Welt (droite) faisait toutefois remarquer que les conditions n'étaient cette fois ci "pas si mauvaises" pour un tel scénario dans la mesure où le budget de 2020 a déjà été approuvé.

Les portefeuilles ministériels abandonnés par le SPD pourraient revenir alors à l'alliance CDU-CSU.

Son héritière potentielle, Annegret Kramp-Karrenbauer, pourrait également revêtir le rôle de vice-chancelière et assurer la présidence de l'Union européenne à compter de juin prochain, toujours selon Die Welt.

Pour l'instant, les ténors des deux bords appellent au calme.

Le secrétaire général de la CDU, Paul Ziemiak, a assuré que "rien n'avait changé" dans les termes de l'accord de coalition conclu avec le SPD.

Et l'ancien dirigeant du SPD, Martin Schulz, a mis en garde sur un départ de la coalition.

"Mon avis est qu'une solution n'est pas à chercher dans une fuite du gouvernement. Elle réside plutôt dans la capacité à mettre les choses en forme au sein du gouvernement", a-t-il dit au quotidien Tagesspiegel.