Les Roumains désignaient dimanche leur Parlement dans une atmosphère d'apathie, un scrutin dont les libéraux pro-européens au pouvoir sont donnés favoris, sur fond d'inquiétudes liées à la pandémie et à une crise économique qui menace de se prolonger.

Plus de 18 millions d'électeurs étaient attendus aux urnes, mais, fruit de l'effet conjugué de la résurgence du Covid-19 et de la lassitude des électeurs face à une classe politique jugée incompétente, l'abstention approchait un niveau record.

Seuls un quart des inscrits avaient voté à quatre heures de la clôture du scrutin, soit 5 points de moins au même moment de la journée que lors du scrutin précédent, en 2016.

La mobilisation était particulièrement faible dans les campagnes, une tendance qui devrait pénaliser les sociaux-démocrates (PSD, opposition), dont l'essentiel de l'électorat vit en milieu rural, selon les analystes.

Les appels à voter n'avaient pourtant pas manqué: le philosophe et écrivain Mihai Sora, 104 ans, avait encouragé dès la première heure les Roumains âgés de "18 à 100 ans+" à se rendre aux urnes. Ce militant actif pour une justice indépendante a ajouté avoir lui même "voté avec confiance et espoir, en pensant à (mon) pays et à l'avenir de ses habitants".

- 'Sans espoir' -

Adina Ionescu, 42 ans, qui accompagnait ses filles adolescentes à la patinoire, a assuré qu'elle accomplirait son devoir électoral en fin de journée, disant espérer qu'un "gouvernement formé de jeunes, soucieux de l'environnement et du bien-être des Roumains", soit formé à l'issue de ce scrutin.

Après avoir voté dans une école de la capitale, Gheorghe Preda, 63 ans, n'a, lui, "aucun espoir" de changement. "Depuis 30 ans", les deux principaux partis politiques "se relaient au pouvoir et durant la campagne, ils ne lésinent pas sur les promesses, qu'ils oublient aussitôt après", peste-t-il.

Le scrutin s'annonce disputé mais le Premier ministre Ludovic Orban, un pro-européen convaincu qui dirige depuis un an un gouvernement de centre droit minoritaire, semble bien positionné pour garder son poste.

"Il appartient aujourd'hui aux Roumains de décider de la voie qu'empruntera le pays. En ce qui me concerne, j'ai voté pour une Roumanie dynamique, moderne, confiante en ses forces et respectée sur le plan international", a-t-il déclaré en glissant son bulletin dans l'urne.

Son Parti libéral (PNL) est crédité de 28% des intentions de vote lors de ce scrutin à un seul tour, devant le PSD (23%) et les réformistes d'une jeune alliance de centre droit, USR-Plus (18%), selon le dernier sondage de l'institut IMAS.

- Mobilisation de la diaspora -

"J'appelle les Roumains à voter dans l'esprit de la fête de Saint Nicolas, où ceux qui ont été sages reçoivent des friandises tandis que les autres écopent d'une punition" du Père Fouettard, a lancé pour sa part le chef de file du PSD, Marcel Ciolacu. Et d'ajouter espérer que ce pays dispose "dès demain d'un plan de sortie de la pandémie et de la crise économique".

A l'étranger, où les bureaux de vote ont ouvert dès samedi, plus de 200.000 personnes avaient exprimé leur suffrage en fin d'après-midi dimanche, soit deux fois plus qu'en 2016, selon l'autorité électorale (AEP). Jeunes et actifs pour la plupart, ces électeurs sont généralement favorables à l'alliance USR-Plus et à son programme prônant un assainissement de la classe politique.

Poussés par la pauvreté, 4 millions de Roumains ont émigré ces dernières années notamment en Europe de l'Ouest, à la recherche d'emplois mieux rémunérés.

Les libéraux, qui ont promis des réformes pour relancer l'économie durement frappée par la pandémie, disposent d'un atout de taille: le soutien du populaire chef de l'Etat Klaus Iohannis, issu de leurs rangs.

Balayant les accusations d'"entorse à la Constitution", ce dernier a ouvertement fait campagne pour le PNL et exclu un retour aux affaires des sociaux-démocrates durant son second mandat, qui court jusqu'en 2024.

Grand gagnant du précédent scrutin de 2016, ce parti avait lancé une refonte controversée du système judiciaire qui avait suscité de sévères mises en garde de Bruxelles.

Confronté à une vague de contestation d'une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989, le PSD avait dans la foulée été écarté du pouvoir par une motion de censure fin 2019 mais il demeure majoritaire au Parlement.