Chercheurs et simples anonymes ont réclamé la libération inconditionnelle et immédiate de leurs deux collègues français détenus en Iran lors d'un rassemblement silencieux mardi à Paris, rythmé par un hommage rempli d'émotion du chorégraphe sénégalais Alioune Diagne.

"Libérez Fariba Adelkhah et Roland Marchal, nos collègues chercheurs détenus en Iran depuis juin 2019", proclamaient les banderoles brandies par leurs confrères du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris sur le parvis des droits de l'Homme au Trocadéro. Ou encore "#FreeFariba #FreeRoland".

Environ 150 personnes s'étaient réunies à l'appel du comité de soutien des deux chercheurs en ce jour de commémoration de la révolution islamique de 1979, a constaté une journaliste de l'AFP.

Fariba Adelkhah, anthropologue franco-iranienne, et son compagnon Roland Marchal, spécialiste de la Corne de l'Afrique, qui était venu la rejoindre pour une visite privée, ont été arrêtés par les Gardiens de la Révolution, armée idéologique du régime, le 5 juin 2019 à l'aéroport de Téhéran.

Ils sont poursuivis depuis pour menace à la "sûreté nationale" et "propagande" contre le régime, des accusations forgées de toutes pièces selon leur comité de soutien. Leur procès pourrait s'ouvrir prochainement à Téhéran.

Dans un décor battu par un vent glacial, à l'image de l'hiver qui sévit sur Téhéran et sa prison d'Evin, Alioune Diagne, une des étoiles de la danse contemporaire en Afrique, s'est livré à une allégorie de l'enfermement et de l'isolement.

Après avoir tracé au sol deux carrés noir et blanc, symboles du double enfermement physique et intérieur - avec en toile de fond la Tour Eiffel - et s'être mis un bâillon, synonyme de parole interdite, il a exploré en mouvements ce que peuvent ressentir les deux chercheurs du fond de leur prison.

- "Au compte goutte" -

"La performance d'aujourd'hui c'était vraiment de mettre mon corps dans un espace comme celui où se trouvent Fariba et Roland (..) La personne qui est emprisonnée elle-même sent une autre prison au fond d'elle-même", a-t-il dit à l'AFP.

"A un moment donné je sentais que je pleurais au fond de moi-même", a raconté le danseur, fondateur de la Compagnie Diagn'Art, ému aux larmes.

Il a expliqué avoir rencontré Fariba Adelkhah dans un restaurant. "J'ai entendu une femme chanter des chants en farsi. J'avais la chair de poule (..) Je me suis mis à danser sur les chansons de Fariba et après on a discuté un peu", se souvient-il.

Les deux chercheurs, qui redoutent une longue incarcération, à l'instar d'autres étrangers et binationaux détenus en Iran, sont "désemparés" et très affaiblis physiquement et moralement, selon leur comité de soutien.

Fariba Adelkhah, en grève de la faim depuis le 24 décembre, "peine désormais à se tenir debout", a expliqué Sandrine Perrot, chercheuse au CERI, spécialiste de l'Afrique.

Roland Marchal est éprouvé par la "longueur de la détention", l'isolement - les deux ne sont pas autorisés à se voir, il ne parle en outre pas farsi - et vit un "enfer psychologiquement", selon elle. Il reçoit des livres de France, qui lui sont "remis au compte gouttes" par ses geôliers, a-t-elle précisé.

Malgré les appels en ce sens de son entourage, la chercheuse refuse de mettre fin à sa grève de la faim tant que sa demande "de libération et plus largement de respect de la liberté académique" en Iran ne sera pas entendue, poursuit Sandrine Perrot. "Déterminée comme elle est, avec la force de caractère qu'elle a, on la sent capable d'aller au bout de ses convictions", redoute-t-elle.