Après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin, la gauche a reconquis le fief Républicain de Marseille grâce à l'écologiste Michèle Rubirola, cheffe de file d'une union de la gauche et première femme à diriger la deuxième ville de France, après une campagne à rebondissements.

Des centaines de personnes rassemblées près de la mairie, sur le Vieux-Port, ont crié leur joie à l'annonce du résultat, scandant "Michèle, Michèle" lors de l'apparition de l'élue après son premier discours de nouvelle maire.

Médecin dans les quartiers populaires de la ville, cette femme de 63 ans, l'a emporté au deuxième tour de vote samedi, lors du premier conseil municipal de la mandature. Un véritable "3e tour" des municipales, après une élection qui n'avait pas permis de dégager de majorité absolue en sièges.

Avec 51 voix, la cheffe de file du Printemps Marseillais, large alliance de partis de gauche, d'écologistes et de collectifs citoyens, a devancé le député LR Guy Teissier (41 voix), candidat de dernière minute jeudi après le retrait de Martine Vassal, plombée par sa défaite dans son propre fief des 6e et 8e arrondissements, et par une enquête sur de possibles fraudes aux procurations chez LR.

Les larmes aux yeux, sous les applaudissements, Mme Rubirola monte sur l'estrade. Et c'est Jean-Claude Gaudin lui-même qui lui remet l'écharpe de maire, avant de s'esquiver et de prendre définitivement sa retraite politique.

- "Fin du clanisme" -

Promettant "la fin du clanisme, du népotisme et du clientélisme" à Marseille, la nouvelle élue, "soulagée de voir que la volonté de la majorité du peuple de Marseille a été respectée", a inauguré son mandat par un long discours.

Citant Blaise Cendrars, selon qui "Marseille appartient à qui vient du large", elle a salué le succès de cette large alliance qui l'a portée au pouvoir: "Je ne sais pas si le Printemps Marseillais vient du large, mais je sais qu'il vient de loin".

Candidate au premier tour de vote, Samia Ghali, la sénatrice ex-PS victorieuse dimanche dans les 15e et 16e arrondissements, avait mis fin à tout suspense avant même le second tour, en annonçant ne pas se représenter et "apporter son soutien à Mme Rubirola", qui venait aussitôt la saluer et l'embrasser.

Autre possible trouble-fête, le Rassemblement national et ses neuf élus avaient quitté la séance dès le départ. "Nous laissons (entre eux) les magouilleurs, les marchands de tapis", avait lancé le sénateur Stéphane Ravier.

Arrivé largement en tête au second tour des élections municipales dimanche, avec 38,3% des suffrages, soit plus de 13.000 voix d'avance sur les listes LR alors conduites par Martine Vassal, la présidente de la métropole et du département, le Printemps marseillais aura longtemps tremblé jusqu'au dénouement de samedi.

Et l'interminable suspension de séance entre les deux votes --près de quatre heures--, n'a fait que renforcer sa crainte d'"un hold-up démocratique".

En l'absence des élus RN, c'est bien Mme Ghali et ses huit colistiers qui détenaient les clefs du bureau de l'hôtel de ville, avec sa vue imprenable sur le Vieux Port et Notre-Dame-de-la-Garde. Et jusqu'au bout, elle aura durement négocié sa place aux côtés du Printemps, après avoir revendiqué haut et fort vendredi la place de première adjointe. Une requête aussitôt balayée par Mme Rubirola, qui s'était élevée contre ce "chantage".

- "Mauvaise bouillabaisse" -

En pleine nuit samedi, à quelques heures à peine du Conseil municipal, Mme Ghali avait même semblé basculer vers le camp Teissier, stigmatisant le "mépris insupportable" du "Printemps" pour les quartiers populaires et reprenant sa totale liberté de vote.

Si les élus Républicains n'ont pas apprécié le scenario de ce feuilleton interminable --"une bien mauvaise bouillabaisse", a dénoncé le général David Galtier, tombeur de Stéphane Ravier dans son fief des 13e et 14e arrondissements--, la gauche a réussi son pari: reconquérir une ville qu'elle avait perdue il y a un quart de siècle.

Mais sa majorité est très fragile. Et cette campagne municipale interminable n'a fait qu'exacerber les fractures béantes de la ville.

Drame de la rue d'Aubagne, avec ses huit morts dans l'effondrement de deux immeubles, le 5 novembre 2018, au coeur de la ville; rapports cinglants de la Chambre régionale des comptes sur la gestion de la ville; campagne polluée par des soupçons de fraudes aux procurations dans leur camp: usés, les Républicains ont perdu leur bastion.

Mais s'ils ne dirigent plus l'hôtel de ville, ils pourraient en fait détenir le vrai pouvoir, avec la métropole, qui devrait élire son nouveau président jeudi. Et ce celui-ci pourrait être une présidente: Martine Vassal, déjà à la tête de cette institution depuis 2018, après en avoir héritée de Jean-Claude Gaudin.