Israël a annoncé dimanche de nouvelles habitations pour les colons juifs dans le centre de Hébron, ville de Cisjordanie occupée où le climat est déjà tendu, un projet décrié par les Palestiniens comme un "premier résultat" concret de la nouvelle politique de Washington.

Cette annonce, première mesure concrète concernant les colonies depuis le revirement fin novembre des Etats-Unis selon qui elles ne violent pas le droit international, intervient au lendemain de la mort d'un Palestinien près de cette ville.

Celui-ci a été tué par les forces israéliennes alors qu'il jetait avec deux autres personnes des bombes incendiaires sur des véhicules israéliens, selon les autorités israéliennes.

Elle intervient aussi alors que le spectre de nouvelles élections plane sur Israël, les députés étant incapables de s'entendre sur un prochain chef de gouvernement dans la foulée des élections de septembre qui n'ont pas réussi à départager le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son rival Benny Gantz.

Tentant de multiplier ses appuis dans cette course, M. Netanyahu a récemment abandonné son poste de ministre de la Défense pour l'attribue à Naftali Bennett, un député de l'ultra-droite israélienne.

Dimanche, M. Bennett qui, comme son prédécesseur, courtise l'électorat stratégique des colonies, a ordonné à ses fonctionnaires "de notifier à la municipalité de Hébron qu'un nouveau quartier juif allait être planifié" dans l'ancien marché central, selon un communiqué de son ministère.

La ville de Hébron est une poudrière où environ 800 juifs vivent, pour la plupart par conviction idéologique, sous haute protection militaire, parmi 200.000 Palestiniens.

Les habitants palestiniens de Hébron manifestent régulièrement pour la réouverture de la rue Shuhada ("des martyrs", en français), jadis le centre économique de la vieille ville, aujourd'hui fermée à la circulation en raison des colons qui vivent à proximité.

- Après Trump -

A la suite du massacre de dizaines de Juifs par des Arabes en 1929, Hébron s'était vidée de présence juive, jusqu'à leur retour en 1967, quand Israël a pris le contrôle de la Cisjordanie lors de la guerre des Six Jours.

Depuis 1967, la colonisation par Israël de la Cisjordanie occupée s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, et elle s'est accélérée ces dernières années sous l'impulsion de Benjamin Netanyahu et de son allié à Washington, le président Donald Trump.

Plus de 600.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qui n'ont "aucun fondement en droit" et constituent une "violation flagrante du droit international" selon la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l'ONU.

Les Etats-Unis, allié clé d'Israël, ont toutefois changé fin novembre leur politique sur les colonies, affirmant qu'elles ne violaient pas, selon Washington, le droit international.

La décision israélienne de construire de nouvelles habitations pour des colons à Hébron est "le premier résultat tangible de la décision américaine de légitimer la colonisation", a réagi le Secrétaire général de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) Saëb Erekat. "Des mesures concrètes, incluant des sanctions contre les colonies, sont une responsabilité internationale", a-t-il ajouté.

Cette décision est "mauvaise du point de vue de la morale, de la sécurité et en termes ", d'autant que la "colonie à Hébron revêt le visage le plus laid de la politique israélienne de contrôle des Territoires occupés", a commenté l'ONG Peace Now, qui suit de près ce dossier sensible.

- 90 ans plus tard -

Le Premier ministre Netanyahu s'était rendu en septembre, pour la première fois depuis 21 ans, à Hébron, affirmant que les Juifs allaient y rester "éternellement".

Le lieu indiqué par M. Bennett pour les nouvelles habitations destinées aux colons correspond à celui du marché animé il y a 90 ans par la communauté juive, selon le conseil local des colons.

"Récupérer les terres des gens assassinés des mains du maire assassin de Hébron est un acte de justice historique que le peuple juif attend depuis 90 ans", a affirmé le conseil en remerciant "du fond du coeur" le ministre Bennett pour cette mesure qui pourrait attiser les tensions locales.

La ville de Hébron, théâtre hebdomadaire de manifestations contre la colonisation des Territoires palestiniens, est surtout connue pour son tombeau des Patriarches, deuxième lieu saint du judaïsme, également révéré par les musulmans comme la mosquée d'Ibrahim.