A peine condamnés, les revoilà devant la justice: le maire de Levallois-Perret Patrick Balkany et son épouse et première adjointe Isabelle sont rejugés à partir de lundi à Paris pour blanchiment de fraude fiscale.

Le 18 octobre, fustigeant un "indéniable enracinement dans la délinquance", le tribunal correctionnel les condamnait lourdement pour avoir caché 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014, notamment deux somptueuses villas, Pamplemousse aux Antilles et Dar Guycy à Marrakech.

S'ils ont reconnu quelques "fautes" et la propriété de la villa antillaise, ils contestent vigoureusement le montant des avoirs en cause et se targuent de n'avoir jamais détourné "un centime d'argent public".

Le parquet a fait savoir qu'il ne poursuivrait pas Patrick Balkany pour "corruption" - le tribunal ayant relaxé tous les prévenus de ce délit en première instance - mais cette fois pour "prise illégale d'intérêt".

La grande inconnue dans ce dossier est la présence ou pas à l'audience de l'ancien baron LR des Hauts-de-Seine, 71 ans. Incarcéré depuis sa condamnation à quatre ans de prison pour fraude en septembre, il a été hospitalisé en décembre et n'a pas pu assister à son premier procès en appel.

Fin janvier, la cour d'appel a pour la troisième fois refusé sa mise en liberté, mettant en avant un "risque persistant de fuite", déclenchant la "rage" d'Isabelle Balkany, 72 ans.

Elle a accusé "la justice de vouloir tuer (son) époux", qui a perdu plus de 24 kg en 4 mois. Quant au procès, "il n'y sera pas car il est physiquement incapable d'y être", avait-elle tranché.

- Sociétés offshore -

En première instance, le tribunal a condamné Patrick Balkany à cinq ans de prison pour blanchiment, avec incarcération immédiate. Isabelle Balkany s'était vu infliger quatre ans d'emprisonnement, mais sans mandat de dépôt, eu égard à sa santé fragile.

Tous deux avaient été condamnés à dix ans d'inéligibilité et le tribunal avait ordonné la saisie de leurs biens et avoirs, notamment leur moulin à Giverny (Eure).

Cette lourde condamnation venait s'ajouter aux peines de prison et d'inéligibilité déjà infligées dans le volet fraude fiscale de leur dossier.

Les Balkany avaient aussitôt fait appel. Et quelques heures après l'incarcération du maire, sa première adjointe reprenait les rênes de la mairie pour préparer les municipales de mars.

La tournure de leur procès en appel pour fraude en décembre a finalement sonné le glas de leur règne de plus de 30 ans sur l'ancienne cité rouge des Hauts-de-Seine.

Car dans ses réquisitions, le parquet général a demandé, outre la prison ferme, l'inéligibilité des prévenus et "l'exécution provisoire" de cette peine complémentaire.

Devançant cette éventualité - la cour d'appel doit rendre son arrêt le 4 mars -, les Balkany ont annoncé qu'ils renonçaient à se représenter, non sans dénoncer la "confiscation" du suffrage universel par la justice.

Ce sont donc deux citoyens bientôt retraités qui seront jugés devant la cour d'appel de Paris, jusqu'au 19 février.

Au coeur de ce dossier, luxueuses villas et chapelet de sociétés offshore. Les Balkany persistent à nier détenir un riad à Marrakech. Et ce, en dépit des peignoirs brodés aux initiales "PB", des livres dédicacés, des meubles payés par Isabelle Balkany.

En première instance, le tribunal a relevé la complexité des opérations entourant l'acquisition du riad, acheté en janvier 2010 par une SCI marocaine, elle-même détenue par une société-écran panaméenne aux titres au porteur.

Il a suivi la piste de l'argent et établi que 5 millions de dollars, versés par un magnat belge du cuivre installé au Congo-Kinshasa sur le compte d'une société offshore, avaient en partie servi à payer le riad, au profit des Balkany.

Les juges ont sanctionné tous les auteurs de blanchiment, condamnant à de la prison avec sursis l'avocat Arnaud Claude et Jean-Pierre Aubry, des fidèles du maire de Levallois, ainsi qu'Alexandre Balkany, le fils du couple. Aucun n'a fait appel et leurs condamnations sont donc définitives.

S'ils étaient condamnés, les Balkany pourraient se pourvoir en cassation. Ce recours serait suspensif, sauf si la cour d'appel délivrait des mandats de dépôt à l'audience et si l'exécution provisoire était prononcée.