Un ballet d'hélicoptères qui évacuent, portent de l'eau, cherchent les disparus: deux jours après les crues "hors normes" qui ont dévasté des vallées du Sud-Est de la France et fait deux morts en Italie voisine, les secours redoublent d'efforts pour aider les sinistrés.

"Ce que nous vivons est hors norme, on est habitués à voir des images de tels désastres sur d'autres continents, avec un certain détachement parfois, et là c'est quelque chose qui nous a touchés nous", a indiqué dimanche à l'AFP Bernard Gonzalez, préfet des Alpes-Maritimes.

Huit personnes sont toujours portées disparues en France et deux en Italie qui dénombre déjà deux morts, selon le dernier bilan.

A Saint-Martin-Vésubie, village de 1.400 habitants dans la montagne au nord de Nice inaccessible en voiture, des groupes de touristes et d'habitants, hagards, sont massés sur la place centrale en attendant d'être appelés pour être évacués par hélicoptère, a constaté une journaliste de l'AFPTV qui a pu accéder aux lieux à pied. Une dame attend son baluchon sur l'épaule, sa maison a été emportée.

Les hélicoptères de la gendarmerie, des pompiers, et de l'armée se succèdent un peu plus bas pour transporter les sinistrés, alors que des pluies sont de nouveau attendues sur la zone.

Traversant à pied sur un étroit passage au-dessus de l'éboulis qui coupe la route, des pompiers apportent sur leur dos du matériel de secours.

A Breil-sur-Roya, près de la frontière italienne, la ville très longtemps restée inaccessible offre des scènes de désolation: maisons englouties par la boue, voitures renversées dans le lit de la rivière, a constaté un journaliste de l'AFP.

"On a une population qui manque de tout, d'eau, d'électricité, d'alimentation. On a besoin de faire établir rapidement les communications téléphoniques sans quoi on ne peut pas faire connaître nos besoins", a déclaré le maire Sébastien Olharan.

Dans tout l'arrière-pays niçois comme dans le nord de l'Italie voisine, des routes sont détruites, des dizaines de maisons ont été emportées par les flots, des stations d'épuration sont anéanties.

- "Etat d'urgence" -

"La situation est très grave. C'est comme en 1994", lorsque la crue du Po et du Tarano avait fait 70 morts, a déclaré le président du Piémont, Alberto Cirio, au quotidien italien La Stampa. "Avec une différence, c'est que 630 mm d'eau sont tombés en 24 heures, du jamais vu en si peu de temps depuis 1954", a-t-il assuré.

A Vintimille, à quelques encablures de la frontière française, les commerçants nettoient leurs boutiques noyées par les eaux et la boue, a constaté un correspondant de l'AFP et des associations s'inquiètent du sort de migrants, qui dorment souvent le long des berges de la Roya, alors que la crue a été violente.

Les régions italiennes du Piémont et de la Ligurie ont demandé à Rome de décréter l'état d'urgence. En France, l'Etat a lancé la procédure de "catastrophe naturelle".

Le Premier ministre français Jean Castex n'a pas caché "sa vive inquiétude" sur le bilan définitif de ces intempéries exceptionnelles.

Outre les huit disparus certains, des personnes sont aussi recherchées dans les Alpes-Maritimes car elles n'ont pas donné de nouvelles depuis vendredi soir, même si aucun témoin ne les a vues tomber à l'eau.

"Mais je tiens à passer un message d'espoir au sujet de ces personnes", a indiqué le préfet: "Ce n'est pas parce que des proches n'ont pas pu donner de nouvelles qu'ils ont été emportés par la tempête".

Samedi soir, 21 personnes qui étaient déclarées disparues par les autorités italiennes ont ainsi pu être retrouvées saines et sauves côté français, près du col de Tende.

Les liaisons restent très difficiles même par téléphone dans de nombreuses vallées de l'arrière-pays niçois, ont constaté des journalistes de l'AFP.

La préfecture a annoncé l'envoi dans chacune des communes isolées d'un militaire, d'un sapeur-pompier et d'un fonctionnaire de préfecture pour venir en aide aux maires.

Dans la nuit de samedi à dimanche, 200 personnes ont été hébergées par les autorités. A Nice, la ville a ouvert des lieux d'hébergement d'urgence et mobilisé, bus et taxis pour aider les sinistrés.

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