Conforté par son acquittement au Sénat dans son procès en destitution, l'imprévisible Donald Trump risque-t-il désormais de devenir un président hors de contrôle? C'est la question qui agite les cercles politiques à Washington.

L'Histoire retiendra que la majorité républicaine au Sénat l'a jugé "non coupable" des deux chefs d'accusation retenus contre lui: abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Pour M. Trump, ces deux votes confirment qu'il n'a rien fait de mal en demandant à l'Ukraine d'enquêter sur des soupçons de corruption entourant le démocrate Joe Biden, son adversaire potentiel à la présidentielle de novembre.

Malgré tout, plusieurs élus républicains ont estimé qu'il avait mal agi. L'un d'eux, Mitt Romney, est même sorti du rang pour le déclarer coupable d'abus de pouvoir.

Les démocrates assurent que plus rien n'empêche le milliardaire, désormais blanchi, de se croire tout-puissant.

"Il ne changera pas", a affirmé Adam Schiff, qui menait l'équipe des procureurs lors du procès en destitution, soulignant qu'un homme "sans boussole morale" ne trouverait pas le droit chemin.

Dans une contribution au site d'informations Daily Beast, Rick Wilson, un consultant républicain opposé à M. Trump, imaginait mercredi un président "délivré" du poids de la destitution et rêvant de "vengeance".

- Casser les codes -

Depuis sa victoire surprise en 2016 alors qu'il n'avait aucune expérience politique, Donald Trump n'a cessé de casser les codes - notamment en proférant des insultes en public - ou, selon ses critiques, en violant les lois, comme dans l'affaire ukrainienne qui a mené à sa mise en accusation.

Magnat des affaires, Donald Trump est un ex-PDG habitué à obtenir ce qu'il veut. Animateur d'une émission de télé-réalité, il a joué pendant dix ans le rôle d'un patron tout-puissant face à des candidats qu'il éliminait, doigt pointé, d'un "vous êtes viré" retentissant.

A la Maison Blanche, il déroge aux traditions, ne suit pas les règles et les nombreuses mesures de sécurité entourant la présidence.

Son début de mandat est décrit comme chaotique. Dans son livre "Fear", le célèbre journaliste d'investigation Bob Woodward dressait le portrait d'un président colérique et paranoïaque que ses collaborateurs s'efforçaient de contrôler, voire de contourner, pour éviter de dangereux dérapages.

Ces proches ont disparu un par un, démissionnaires comme le ministre de la Défense Jim Mattis ou limogés comme le conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

Avant l'affaire ukrainienne, le président s'était déjà dit exonéré par l'enquête russe. Son équipe de campagne était accusée de collusion avec la Russie pour le porter au pouvoir en 2016.

Si après 22 mois d'enquête, le procureur spécial Robert Mueller a déclaré ne pas avoir trouvé de preuve d'une collusion, il ne l'a pour autant pas disculpé des soupçons d'entrave à la justice.

- Une bonne leçon? -

La sénatrice républicaine Susan Collins est l'une des rares à avoir critiqué le président dans l'affaire ukrainienne, tout en espérant que cet "impeachement" serait une leçon pour l'avenir.

"Je crois que le président a tiré les enseignements de cette affaire", a-t-elle dit. "Le président a été mis en accusation. C'est une bonne leçon".

Selon une autre sénatrice du "Grand old party", Joni Ernst, M. Trump devrait désormais utiliser "les canaux traditionnels" avec ses homologues étrangers.

Adam Schiff, comme de nombreux autres démocrates, en doute. "Il l'a déjà fait et il le refera", a-t-il mis en garde pendant le procès.

Maureen Dowd, éditorialiste au New York Times et critique du président, a qualifié Donald Trump de "Godzilla" prêt à frapper.

Selon elle, "le parti républicain a maintenant perdu tout contrôle et tout pouvoir de supervision sur ce président".

John Mueller, professeur de sciences politiques à l'Université d'Etat de l'Ohio, est plus positif et conseille aux responsables politiques de garder leur calme.

"Je doute que M. Trump se lâche davantage", dit-il à l'AFP. "Il a déjà foulé aux pieds les lois sur l'immigration, sur les droits de douane et d'autres, il a dû en tirer les leçons".