Après une dernière pinte au pub ou un dernier tour dans les magasins, les 56 millions d'habitants de l'Angleterre se sont reconfinés jeudi pour un mois, une mesure prise pour enrayer la deuxième vague de nouveau coronavirus, malgré les inquiétudes pour une économie déjà très fragilisée.

"C'est choquant et vraiment très triste", témoigne Maria Belkihel, 42 ans, venue chercher un colis dans un magasin d'Oxford Circus, dans le centre de Londres. "Hier, c'était plein mais (...) c'est complètement mort maintenant".

"Je sais que beaucoup d'entre vous sont anxieux, fatigués et en ont franchement marre", a reconnu le Premier ministre Boris Johnson lors d'une conférence de presse à Downing Street en fin d'après-midi. Mais ces mesures seront "limitées dans le temps", a promis le dirigeant conservateur, critiqué jusque dans son propre camp.

"Quatre semaines suffisent pour que ces mesures aient un réel impact", a-t-il affirmé, tentant de rassurer ceux qui redoutent une prolongation du reconfinement au delà du 2 décembre.

Mais l'hypothèse d'une extension n'est pas définitivement écartée, a indiqué le ministre de la Justice, Robert Buckland, sur la chaîne Sky News. "Nous ne pouvons rien exclure dans cette crise", a-t-il souligné, précisant toutefois que toute extension nécessiterait un nouveau vote au Parlement.

Après avoir résisté pendant des semaines à un confinement général, Boris Johnson s'est résolu à cette option, le virus se répandant plus rapidement que dans les pires scénarios envisagés par ses conseillers scientifiques, faisant craindre que les hôpitaux soient rapidement débordés.

Le Royaume-Uni est le pays le plus endeuillé d'Europe avec près de 48.000 morts de personnes testées positives au virus, et plus d'un million de cas recensés.

Plus de 11.000 personnes atteintes du Covid-19 sont hospitalisées en Angleterre. "Cette seconde vague de coronavirus est réelle et c'est grave", a insisté le directeur général du service public de santé, le NHS, Simon Stevens, aux côtés de Boris Johnson.

- "Cauchemar" -

Le reconfinement suscite de vives inquiétudes pour l'économie, déjà mise à genoux par la première vague, surtout à l'approche de la période faste de Noël.

La fédération britannique des commerçants, le BRC (British Retail Consortium) évoque "un cauchemar".

Pour en amortir les effets, le gouvernement conservateur a annoncé jeudi l'extension jusqu'en mars du système d'indemnisation du chômage partiel. La Banque d'Angleterre, qui se montre plus pessimiste sur ses prévisions de croissance en 2020 et 2021, a musclé son programme de rachat d'actifs pour doper l'économie en mettant 150 milliards de livres sterling de plus sur la table.

Le reconfinement a été approuvé par une large majorité des députés mercredi, malgré l'opposition d'une trentaine de conservateurs, inquiets des répercussions économiques. Certains d'entre eux ont d'ores et déjà prévenu que la rébellion pourrait s'amplifier en cas d'extension.

- Ecoles ouvertes -

Contrairement au premier confinement décrété en mars, les écoles et universités restent ouvertes. Mais les cafés, pubs, restaurants et commerces non essentiels doivent fermer sauf s'ils proposent de la vente à emporter.

Les habitants sont priés de travailler de chez eux et ne doivent quitter leur domicile que pour des raisons précises comme faire de l'exercice, se rendre à un rendez-vous médical ou faire des courses alimentaires.

Les voyages à l'intérieur du Royaume-Uni et à l'étranger sont aussi interdits, à quelques exceptions près. Les contrevenants risquent 200 livres (222 euros) d'amende, un montant qui double en cas de récidive.

Pour se prémunir d'infections venues de l'étranger, le gouvernement a en outre annoncé jeudi que les voyageurs venant d'Allemagne et de Suède devront observer une quatorzaine.

Ce reconfinement est spécifique à l'Angleterre. L'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord décident de leur propre stratégie face à la crise sanitaire.

Toutefois, Boris Johnson a affirmé travailler avec les chefs de gouvernement locaux pour une "approche commune à l'approche de Noël car nous voulons tous faire en sorte que les familles puissent se réunir".

Critiqué pour la "lenteur" de sa réaction par l'opposition travailliste, Boris Johnson espère ensuite revenir à une approche locale, avec des restrictions imposées à chaque région selon le taux d'incidence du virus.

Il compte sur les progrès du dépistage pour accompagner un futur déconfinement et sur les espoirs de vaccin. S'il est concluant, un essai de dépistage massif qui débutera vendredi à Liverpool (nord), ville très touchée par le virus, pourra être étendu ailleurs dans le pays.