Les sénateurs argentins débattaient mardi d'une loi légalisant l'avortement dans le pays sud-américain très divisé sur la question, avant un vote qui s'annonce serré.

La session parlementaire a débuté à 16H00 locales (19H00 GMT). Quelques sénateurs sont présents dans l'hémicycle, mais la plupart participent par visio-conférence en raison de la pandémie de Covid-19.

Selon la présidente de la Chambre haute, l'ex-présidente (2008-2015) et actuelle vice-présidente Cristina Kirchner, 67 sénateurs sur 72 participent à la session. Le vote pourrait intervenir à l'aube mercredi après de longues heures de débat, 58 orateurs étant inscrits à l'ordre du jour.

Déjà approuvé par les députés le 11 décembre, le texte autorise l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à 14 semaines de grossesse. Pour l'heure, l'avortement n'est permis qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, selon une loi datant de 1921.

Alors que les députés ont adopté le texte par 131 voix pour, 117 contre et 6 abstentions, tous les regards sont désormais tournés vers le Sénat, réputé plus conservateur.

En 2018, il avait rejeté par sept voix un texte similaire dans un pays encore très catholique et profondément divisé sur la question.

Le président de centre gauche Alberto Fernandez, au pouvoir depuis fin 2018, avait promis pendant sa campagne de soumettre à nouveau la légalisation de l'IVG aux parlementaires.

"Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c'est un sujet de santé publique très sérieux", a fait valoir récemment le chef de l'Etat. Mais tous les sénateurs de sa majorité ne sont pas favorables au texte.

Le pape argentin François, jusque-là silencieux sur la question, a publié mardi un message sur Twitter dans lequel il souligne que "le Fils de Dieu est né rejeté pour nous dire que toute personne rejetée est un enfant de Dieu. Il est venu au monde comme un enfant vient au monde, faible et fragile, afin que nous puissions accepter nos faiblesses avec tendresse".

Bien que ne faisant pas référence explicitement au débat, le message a été interprété par la presse argentine comme un rejet de la loi.

- "Sénateurs, c'est maintenant" -

Malgré la pandémie, plusieurs milliers d'Argentins se sont rassemblés à proximité du Parlement pour exprimer leur soutien ou leur rejet du texte, avec force banderoles, musique et des écrans géants transmettant les débats en direct.

"Sénateurs, c'est maintenant!" peut-on lire du côté des pro-IVG. "Nous sauvons deux vies", proclament les anti-IVG.

L'Eglise catholique et les protestants évangéliques, opposés au texte, ont lancé un appel à "s'unir pour implorer le respect et le soin de la vie à naître", avec une journée de jeûne et de prière.

"Je sais que dans le cœur de chaque sénateur il y a cet amour pour ses enfants, ses petits-enfants, et surtout l'espoir et le bonheur que les enfants nous donnent. Je suis sûre qu'ils vont l'emporter grâce à cela", a confié à l'AFP Karina Muzaquio.

Les pro-IVG, ralliés autour de la couleur verte, ont fait une intense campagne sur les réseaux sociaux. En particulier la Campagne pour un avortement légal, sûr et gratuit, qui regroupe plus de 300 organisations féministes, déjà très mobilisées en 2018.

"Aujourd'hui, nous espérons que la loi va passer (...) pour que les femmes arrêtent de mourir à cause d'avortements clandestins", a déclaré à l'AFP Cele Fierro, aborant un masque vert.

En cas d'égalité, Cristina Kirchner, favorable à la légalisation, devrait voter, comme le prévoit la loi.

Selon le gouvernement, entre 370.000 et 520.000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays de 44 millions d'habitants, où 38.000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d'avortements clandestins.

Pour tenter de convaincre les sénateurs de voter le texte, ce dernier inclut la possibilité pour les médecins de faire valoir leur "objection de conscience".

Parallèlement, un autre projet de loi créé une allocation des "1.000 jours" destinée à soutenir les mères de famille pendant leur grossesse et les premières années de l'enfant, de façon à réduire les avortements pour raisons économiques.

Si le texte sur la légalisation est adopté, l'Argentine, rejoindrait Cuba, l'Uruguay, le Guyana et la province de Mexico, les seuls à autoriser l'IVG sans conditions en Amérique latine.