L'Inde a réclamé mardi "une action crédible" du Pakistan contre les responsables du récent attentat suicide au Cachemire indien, en réponse à Islamabad qui s'est dit prêt à coopérer à condition que l'implication de Pakistanais soit prouvée.

Une attaque à la voiture piégée revendiquée par le groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM), établi au Pakistan, a tué 41 paramilitaires indiens le 14 février et exacerbé les tensions entre les deux puissances nucléaires d'Asie du Sud, qui se disputent depuis sept décennies la région himalayenne du Cachemire.

"Nous demandons que le Pakistan arrête de tromper la communauté internationale et prenne une action crédible et visible contre les responsables de l'attaque terroriste de Pulwama", a déclaré le ministère des Affaires étrangères indien dans un communiqué mardi soir.

L'Inde accuse de longue date le Pakistan de soutenir en sous-main les infiltrations et la rébellion armée au Cachemire, ce qu'Islamabad a toujours démenti.

"C'est un fait bien connu que Jaish-e-Mohammed et son dirigeant Masood Azhar sont basés au Pakistan. Cela devrait être une preuve suffisante pour que le Pakistan agisse", a rétorqué le gouvernement indien en rebuffade à une intervention télévisée du Premier ministre Imran Khan plus tôt dans la journée.

Dans cette allocution, Imran Khan s'est dit prêt à coopérer avec l'Inde, tout en avertissant que son pays "riposterait" s'il est attaqué.

Cette attaque, la plus meurtrière depuis le début de l'insurrection séparatiste contre New Delhi dans la vallée de Srinagar en 1989, a suscité une vague de colère en Inde. Le Premier ministre Narendra Modi est sous pression de son opinion publique et des commentateurs pour procéder à une réplique musclée.

L'équation est délicate pour le dirigeant nationaliste hindou qui a cultivé une image d'homme fort et briguera un second mandat au printemps, mais est confronté au risque d'escalade autour de cette région poudrière partagée entre l'Inde et le Pakistan, et revendiquée par les deux pays.

"Si vous avez des preuves exploitables de l'implication de Pakistanais (dans l'attentat, ndlr), donnez-les nous et je vous garantis que nous prendrons des mesures", a lancé Imran Khan à l'adresse de New Delhi.

L'ex-champion de cricket a aussi encouragé son voisin à "l'introspection" face à une "jeunesse du Cachemire (qui) en est arrivée au niveau extrême de perdre la peur de la mort", en référence aux jeunes Cachemiris de la partie contrôlée par l'Inde prenant les armes. Il a cité en exemple l'Afghanistan où "le monde entier a accepté qu'il n'y a pas de solution militaire".

"La démocratie indienne est un modèle pour le monde que le Pakistan ne comprendra jamais", a rétorqué New Delhi dans un communiqué cinglant.

- Insurgés abattus -

L'armée indienne a annoncé mardi avoir abattu dans la vallée de Srinagar les cadres locaux de Jaish-e-Mohammed au cours d'une opération militaire. Parmi les trois rebelles tués figuraient deux Pakistanais, d'après les autorités indiennes.

Le ministre pakistanais des Affaires étrangères Shah Mahmood Qureshi a appelé le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres à intervenir dans le conflit.

La Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU Michelle Bachelet a condamné l'attentat et s'est dite "préoccupée" par des informations selon lesquelles il sert de "justification à des menaces et de potentiels actes de violence à l'encontre de communautés cachemiries et musulmanes" en Inde.

Revendiqué par l'Inde et le Pakistan depuis la fin de la colonisation britannique en 1947, le Cachemire, région himalayenne à majorité musulmane, est divisé de facto entre ces frères ennemis. Les forces indiennes dans la partie sous contrôle de New Delhi, peuplée en majorité de musulmans, sont estimées à un demi-million d'hommes, ce qui en fait l'une des zones les plus militarisées du monde.

En 2016, en représailles à l'attaque d'une base militaire au Cachemire par Jaish-e-Mohammed ("L'armée de Mahomet" en ourdou), Narendra Modi avait ordonné une série de raids commandos le long de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire.

L'Inde n'est pas le seul pays à accuser le Pakistan de soutien au terrorisme. L'Iran, où un autre attentat-suicide a coûté la vie la semaine dernière à 27 membres des Gardiens de la Révolution, a accusé "les forces de sécurité du Pakistan" de soutenir le groupe armé qui l'a commis.