Plus de 32 ans après l'attentat de Lockerbie, la justice écossaise a rejeté vendredi l'appel formé par la famille de l'unique condamné, le Libyen Abdelbaset Ali Mohamed al-Megrahi, décédé en 2012, qui compte poursuivre son combat pour le réhabiliter.

La famille du condamné est "effondrée" après la décision de la Haute Cour de justice d'Edimbourg, rendue après trois jours d'audience en novembre dans cette affaires aux vastes ramifications diplomatiques, a indiqué son avocat, Aamer Anwar, dans un communiqué.

"Déterminée à se battre pour obtenir justice", la famille lui a demandé de saisir la Cour suprême britannique dans les 14 jours, a-t-il ajouté.

Agent des services de renseignement libyens, M. Megrahi avait toujours clamé son innocence. Il avait été condamné en 2001 à la prison à vie, avec un minimum de 27 ans, par une cour spéciale écossaise établie en terrain neutre aux Pays-Bas, pour l'attentat à la bombe contre un Boeing 747 de la Pan Am.

L'appareil, qui reliait Londres à New York (Etats-Unis), avait explosé le 21 décembre 1988 au-dessus du village écossais de Lockerbie, tuant les 259 passagers et membres d'équipage et 11 personnes au sol.

Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier jamais commis sur le territoire du Royaume-Uni, mais aussi du deuxième plus meurtrier contre des Américains (190 morts) après les attentats du 11 septembre 2001.

Le régime du dictateur libyen Mouammar Kadhafi avait reconnu officiellement sa responsabilité dans l'attentat de Lockerbie en 2003 et payé 2,7 milliards de dollars (2,2 milliards d'euros) de dédommagement aux familles des victimes.

- "Erreur judiciaire"? -

M. Megrahi avait été libéré en 2009 pour raisons médicales et est mort d'un cancer en 2012 à l'âge de 60 ans dans son pays, où il avait été accueilli en héros.

En mars dernier, saisie par la famille du Libyen, la Commission écossaise de révision des condamnations pénales (SCCRC) avait décidé de saisir la Haute Cour de justice, n'excluant pas une "erreur judiciaire".

Cette commission avait estimé que le verdict était "déraisonnable" en raison de la faiblesse des preuves produites pour retenir la culpabilité de M. Megrahi.

Un commerçant de Malte, Tony Gauci, avait identifié l'agent libyen comme l'acheteur de vêtements retrouvés dans la valise contenant la bombe.

Lors des audiences de novembre, virtuelles en raison de la pandémie de coronavirus, la défense de la famille avait soutenu que cette identification, décisive, n'avait "aucune valeur", car intervenue après que le témoin eut vu une photographie de l'accusé dans un article de presse le présentant comme le possible auteur de l'attentat.

- Nouvel inculpé -

La famille a également dénoncé le refus des autorités britanniques de déclassifier des documents liés à l'affaire qui évoqueraient, selon le quotidien The Guardian, l'implication, dans la fabrication de la bombe, d'un agent de renseignement jordanien au sein du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG).

Lors du procès en 2001, les juges avaient rejeté une théorie mettant en cause l'Iran, la Syrie et ce groupe palestinien pro-syrien, qui auraient agi en représailles à la destruction accidentelle d'un avion iranien par un missile américain en juillet 1988 (290 morts).

Du côté des Etats-Unis, l'enquête s'est poursuivie et en décembre, le jour du 32e anniversaire de l'attentat, la justice américaine a annoncé une nouvelle inculpation. Ancien membre des services de renseignement de Mouammar Kadhafi, actuellement détenu en Libye, Abou Agila Mohammad Massoud est soupçonné d'avoir assemblé et programmé la bombe.

L'enquête avait été relancée en 2016, quand la justice américaine avait appris que M. Massoud avait été arrêté après la chute du dictateur et aurait fait une confession aux services de renseignement du nouveau régime libyen en 2012.

M. Massoud est également inculpé pour sa participation présumée à l'attentat contre la discothèque La Belle, en 1986 à Berlin, qui avait tué deux soldats américains et une citoyenne turque.