Des centaines de victimes face à une dizaine d'accusés. Les attentats jihadistes de mars 2016 à Bruxelles exigent un procès hors normes, qui donne lieu lundi à une sorte de répétition générale avec l'ultime audience procédurale offrant la parole aux avocats.

Une double attaque à l'explosif, à l'aéroport puis dans le métro de la capitale européenne, avait fait 32 morts et plus de 340 blessés en une heure et quart le matin du 22 mars 2016.

Perpétrée par la même cellule jihadiste franco-belge à l'origine des attentats parisiens du 13 novembre 2015 (130 morts), elle avait été revendiquée par l'organisation Etat islamique.

Comme à Paris, le procès de Bruxelles s'annonce historique par le nombre de proches de victimes, personnes blessées et/ou traumatisées, réclamant la réparation d'un préjudice. 650 parties civiles de 32 nationalités se sont déjà fait connaître, selon le parquet fédéral belge, compétent en matière de terrorisme.

A partir de lundi matin, elles vont être recensées précisément lors d'une audience dite de "règlement de la procédure". Celle-ci aura lieu à l'ancien siège bruxellois de l'Otan, reconverti en tribunal, afin de garantir sécurité renforcée et larges espaces, pour une procédure impliquant potentiellement un millier de personnes.

L'audience, prévue à huis clos sur deux semaines, doit permettre aux avocats d'exprimer un dernier avis sur l'enquête des juges d'instruction. Et de contester éventuellement ce que souhaite l'accusation pour les 13 inculpés.

- Abdeslam -

Parmi eux figure Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, détenu en France. Sauf surprise, le Français de 31 ans sera absent. Il n'a pas souhaité comparaître, a indiqué une source judiciaire.

Ce procès sera son deuxième en Belgique, après sa condamnation en 2018 à 20 ans de prison pour avoir tiré sur des policiers, trois jours avant son interpellation le 18 mars 2016 dans la capitale belge.

Dans son réquisitoire, le parquet fédéral a souhaité son renvoi aux assises avec sept autres suspects accusés comme lui d'"assassinats commis dans un contexte terroriste". Il a requis une comparution devant un tribunal correctionnel pour deux prévenus, ainsi que trois non-lieux.

"On attend que chacun s'exprime sur ce réquisitoire et on veut pouvoir répondre aux avocats des prévenus qui le contesteraient", a confié à l'AFP Me Valérie Gérard, membre d'un collectif d'avocats assurant défendre plus de 200 parties civiles.

L'avocate a elle-même a perdu sa nièce de 24 ans à la station de métro Maelbeek, en plein quartier européen, où 16 personnes ont été tuées, autant qu'à l'aéroport de Zaventem.

Dans la perspective du procès, ce rendez-vous est "un signal important", visant à "vérifier que tout a été fait pour retrouver les coupables", a fait valoir Me Guillaume Lys, qui représente l'association de victimes V-Europe (250 personnes selon lui).

Parmi les inculpés, sept sont en détention provisoire et cinq ont été libérés au cours de l'enquête.

- "L'homme au chapeau" -

Le treizième, Oussama Atar, reste introuvable, probablement mort en Syrie même si les autorités belges n'en ont jamais eu la confirmation.

Il est considéré comme un organisateur des attentats (poursuivi comme "dirigeant d'un groupe terroriste"), au même titre que les trois kamikazes des attaques, Najim Laachraoui et les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui.

Coïncidence: aussi bien à l'aéroport (7h58) qu'au métro Maelbeek (9h11), un des assaillants a renoncé au dernier moment à se faire exploser. Il s'agit respectivement de Mohamed Abrini --"l'homme au chapeau", lui aussi absent lundi-- et d'Osama Krayem, qui apparaissent comme les suspects principaux.

Tous deux, avec Salah Abdeslam, Sofien Ayari et Ali El Haddad Asufi, sont également mis en cause dans le dossier "13-Novembre" et seront jugés à Paris dans un procès qui sauf imprévu débutera en septembre 2021.

Celui des attaques de Bruxelles ne devrait pas être organisé avant septembre 2022.

Abandonné par l'Otan en 2018 pour un nouveau bâtiment ultra-moderne construit à proximité, l'ex-siège de l'Alliance atlantique, datant des années 60, a été réaménagé après des travaux estimés à 20 millions d'euros, et rebaptisé "Justitia".

Il pourrait à l'avenir accueillir d'autres grands procès impossibles à tenir dans le vieux Palais de justice de Bruxelles, a dit jeudi le ministre Vincent Van Quickenborne, lors d'une visite des salles rénovées et "Covid proof" (avec règles de distanciation, ndlr).