En deux mois, grâce à une campagne particulièrement efficace, le Chili a administré au moins une dose de vaccin anti-Covid à plus de 3,5 millions de personnes pour 19 millions d'habitants, ce qui le place dans le peloton de tête mondial.

Un an jour pour jour après l'apparition d'un premier cas de Covid-19 dans le pays, le Chili, durement touché par l'épidémie, peut s'enorgueillir de figurer parmi les cinq pays au monde ayant le pourcentage le plus élevé (18%) d'injections d'au moins une dose de vaccin, et le tout premier en Amérique latine, selon un classement de l'AFP établi à partir de données officielles.

Le Chili arrive derrière Israël, les Emirats arabes unis, le Royaume-Uni et les Maldives. Il est aussi parmi les dix premiers pays du monde selon le nombre de doses administrées pour 100 habitants, avec 18,3 doses pour 100 personnes, selon la même source.

Le 24 décembre, l'infirmière Maria Paz Herreros fut la première à administrer une première dose de vaccin anti-coronavirus à une de ses collègues dans un hôpital de Santiago, au lancement officiel de la campagne.

Avec le Mexique et le Costa Rica, le Chili était alors parmi les premiers pays d'Amérique latine à lancer son plan d'immunisation, avant même les pays de l'Union européenne.

"J'étais très émue, c'était vraiment beau de voir enfin le vaccin après presque un an d'attente", se souvient auprès de l'AFP l'infirmière de 32 ans qui a depuis fait des injections à 2.000 personnes.

"C'est plus que j'imaginais", raconte celle qui a d'abord vacciné les médecins et le personnel de son hôpital, puis des fonctionnaires et maintenant des professeurs, selon les priorités déterminées par le gouvernement.

A la date de mercredi, le pays avait administré une première dose à 3.512.326 personnes et 61.188 deux doses. L'objectif des autorités est de vacciner à terme au moins 15 millions de personnes afin d'obtenir une immunité collective.

- Connexions et adhésion -

Le pays, un des plus touchés par la pandémie en Amérique latine avec plus de 20.000 morts pour 820.000 cas déclarés, peut s'appuyer sur un bon réseau de centres de santé publics. Ces derniers touchent 80% de la population et participent régulièrement à des campagnes de vaccination.

Des stades, des gymnases, écoles ont aussi été réquisitionnés et la vaccination se poursuit pendant les week-ends.

Le pays a également su s'assurer très rapidement la fourniture de 30 millions de doses de vaccins, auprès de divers laboratoires (Pzifer-BioNTech, Sinovac, AstraZeneca, Johnson&Johnson) et fait aussi partie du disposif Covax, initié par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les lien commerciaux entretenus par le Chili, premier producteur de cuivre au monde et largement ouvert vers l'Asie par sa façade pacifique, ainsi que la décision de participer et de financer des essais cliniques, ont également aidé le pays à recevoir des doses très rapidement.

"Le Chili est un pays très connecté au monde et cette vocation internationale se retrouve quand il s'agit de chercher des opportunités là où elles se trouvent", a expliqué à l'AFP Rodrigo Yáñez, sous-secrétaire aux Relations internationales au ministère chilien des Affaires étrangères.

"Notre stratégie a été très diversifiée, nous avons mis nos oeufs dans des paniers différents et parfois dans certains qui pouvaient s'avérer des échecs", ajoute le diplomate qui dirige la délégation chargée des achats de vaccins.

Des ambassadeurs, ministres et le président Sebastian Piñera lui-même se sont investis dans les négociations.

Le pays peut aussi compter sur un faible taux de rejet de la vaccination qui s'établit à moins de 20% de la population chilienne.

"Au début, les gens venaient avec appréhension, avec des questions, des doutes, mais maintenant les gens viennent sans crainte, ils sont bien informés (...) Ils sont très confiants et espèrent pouvoir contribuer à cette immunité collective que tout le monde appelle de ses voeux pour protéger ses proches", raconte Maria Paz Herreros, avec une pointe de fierté.