Au lendemain des fermes dénégations de Nicolas Sarkozy, l'accusation prend ses réquisitions mardi à Paris à l'encontre de l'ex-chef de l'Etat, jugé pour corruption et trafic d'influence avec son avocat et un ancien haut magistrat dans l'affaire dite des "écoutes".

Après plusieurs jours de débats tendus à la 32e chambre correctionnelle, les deux représentants du Parquet national financier (PNF) doivent prendre la parole dans l'après-midi, après la plaidoirie de la partie civile.

Les trois prévenus encourent 10 ans de prison et un million d'euros d'amende.

Pris pour cible par la défense, les procureurs financiers vont devoir porter le fer au nom d'un parquet qui, en 2017, avait accusé Nicolas Sarkozy d'avoir usé de méthodes de "délinquant chevronné" - une formule qui "n'est pas passée", a lancé ce dernier lundi.

L'ancien locataire de l'Elysée (2007-2012) est soupçonné d'avoir conclu un "pacte de corruption" en 2014, en obtenant des informations protégées par le secret, via son avocat Thierry Herzog, auprès du haut magistrat Gilbert Azibert, sur une procédure à la Cour de cassation.

Ce, en contrepartie, selon l'accusation, d'un "coup de pouce" pour un poste à Monaco, convoité par Gilbert Azibert mais qu'il n'a finalement jamais eu.

Au coeur des charges: une série de conversations enregistrées sur une ligne officieuse ouverte au nom de Paul Bismuth par Thierry Herzog pour échanger avec Nicolas Sarkozy - en toute confidentialité, croyaient-ils.

Cette ligne avait été découverte début 2014 par les juges qui instruisaient l'affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, entraînant l'ouverture d'une autre information judiciaire.

Les deux hommes y discutent notamment du pourvoi en cassation engagé par l'ex-président, alors en cours d'examen: Nicolas Sarkozy souhaitait voir la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire annuler la saisie de ses agendas présidentiels dans l'affaire Bettencourt.

Dans ces échanges, "Gilbert" apparaît à plusieurs reprises: avocat général dans une chambre civile, il ne prenait pas part à cette procédure mais il est pourtant cité par Me Herzog, qui déclare aussi que le magistrat a eu accès à un avis confidentiel.

"Il a bien bossé hein", lance l'avocat. "Moi, je le fais monter", "je l'aiderai", dit également Nicolas Sarkozy. Puis, alors qu'il se trouve à Monaco, il semble s'engager à faire la "démarche" pour Gilbert Azibert auprès des autorités monégasques - avant d'y renoncer.

- "Bavardages" -

Mais ce "pacte de corruption" n'a jamais existé, ont balayé les prévenus au cours du procès.

Ces conversations sont des "bavardages" entre deux "frères", a certifié Nicolas Sarkozy lundi, affirmant que son avocat avait voulu le "rassurer" en rapportant de simples "impressions" sur cette procédure. Et il le clame: jamais il n'a eu "aucune information privilégiée".

"Oui", comme "cent fois dans sa vie", il a envisagé de rendre un "service" à Thierry Herzog, qui lui parlait de son "ami" Gilbert Azibert, mais il ne s'agissait pas d'une "contrepartie".

Et au final, a souligné Nicolas Sarkozy, la Cour de cassation ne lui a pas donné gain de cause et Gilbert Azibert n'a pas eu de poste à Monaco. "Il reste quelques bribes de conversations entre deux amis, sans qu'il y ait le moindre début de réalisation de quoi que ce soit", a-t-il argué.

Selon la loi, il n'est cependant pas nécessaire que la contrepartie ait été obtenue, ni que l'influence soit réelle, pour caractériser les délits de corruption et de trafic d'influence.

Depuis le début du procès, les procureurs financiers Jean-Luc Blachon et Céline Guillet sont restés en retrait, avares en questions et proches de la procédure, semblant embarrassés par une enquête préliminaire menée parallèlement à ce dossier.

Ouverte début 2014, elle visait à débusquer la "taupe" qui aurait informé Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog que leur ligne "Bismuth" était "branchée", en sus des lignes officielles de l'ex-président. Cette enquête a finalement été classée sans suite fin 2019.

Un enquête "dissimulée", pilonnée par la défense. "Le mensonge, il n'est pas de mon côté, il est du côté de l'accusation", a renchéri Nicolas Sarkozy.

"Aucun texte n'imposait de la communiquer", avait répliqué plus tôt le procureur Jean-Luc Blachon, évoquant un "esprit de complotisme" chez les prévenus.

Fin du procès jeudi soir.