"François Fillon a été le propre artisan de son malheur": le parquet national financier a entamé mardi après-midi un féroce réquisitoire contre l'ancien Premier ministre, sa femme Penelope et son ancien suppléant, jugés à Paris pour les soupçons d'emplois fictifs de Mme Fillon.

Vilipendant la "stratégie de défense" de François Fillon consistant à "distiller le poison du soupçon" et "à décrédibiliser ses accusateurs", le procureur financier Aurélien Létocart a estimé qu'une "telle stratégie sonne toujours, toujours comme un aveu".

Retraité de la politique après une campagne présidentielle phagocytée par cette affaire en 2017, "François Fillon ne doit ses déboires politiques qu'à ses propres turpitudes", a asséné le magistrat.

Il a entamé ce réquisitoire à deux voix avec les propres mots de l'ex-député, prononcés en septembre 2012 alors qu'il employait sa femme Penelope comme assistante parlementaire, "fictivement" selon l'accusation: "Il y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et perçoivent de l'argent public".

"Du cynisme à l'aveuglement, il n'y a parfois qu'un pas", a raillé Aurélien Létocart.

- "Inconsistance du travail" -

Revenant sur le contexte de l'ouverture de l'enquête - une première à l'encontre d'un candidat à la présidentielle - au lendemain de la parution d'un article du Canard enchaîné, il a défendu le travail du parquet national financier (PNF), dont la création marque selon lui "un progrès" dans les dossiers de détournements de fonds publics.

Dès l'ouverture de l'enquête, les époux Fillon ont produit une masse de documents attestant selon eux de la réalité du travail de Mme Fillon. Mais "ils se sont révélés au final traduire en creux l'inconsistance du travail" de collaboratrice parlementaire de Mme Fillon, a taclé le magistrat.

Il est ensuite revenu longuement sur le statut juridique du collaborateur parlementaire, puis sur le caractère "occulte" des infractions reprochées, qui ne peuvent donc être prescrites selon lui.

François Fillon, son épouse Penelope et son ancien suppléant à l'Assemblée nationale Marc Joulaud - actuellement candidat à sa réélection à la mairie de Sablé-sur-Sarthe - encourent dix ans d'emprisonnement, de lourdes amendes et des peines d'inéligibilité.

Au coeur du procès: les soupçons de détournement de fonds publics entourant les emplois d'assistante parlementaire de Penelope Fillon, poursuivie pour des "prestations fictives ou surévaluées".

Toute la question est de savoir si les activités de Mme Fillon dans la Sarthe auprès de son mari député et du suppléant de ce dernier, Marc Joulaud, méritaient d'être rémunérées dans le cadre de contrats d'assistante parlementaire.

Entre 1998 et 2013, elle a perçu au total 613.000 euros nets au titre de trois contrats connus seulement de quelques proches.

- "Rôle social" -

A l'issue de débats parfois houleux entre défense et accusation, les travaux de Penelope Fillon restent difficiles à évaluer.

Les procureurs estiment que les activités décrites relèvent "davantage du rôle social d'un conjoint d'élu" que d'un emploi d'assistant parlementaire. Les époux Fillon ont au contraire défendu un travail certes discret et majoritairement immatériel, mais indispensable à la carrière de François Fillon.

Selon eux, Penelope Fillon assurait un rôle de "donneur d'ordres" pour le courrier arrivé au manoir de Beaucé --lieu de résidence du couple--, participait à des événements locaux, recueillait les doléances d'habitants... autant de tâches rentrant dans les larges attributions d'un collaborateur parlementaire.

François Fillon, qui n'a pas caché son mépris pour le PNF, a plusieurs fois brandi la "séparation des pouvoirs" s'agissant du détail des tâches et des salaires. Il s'est évertué à convaincre le tribunal correctionnel que ce travail est d'autant plus varié lorsque le collaborateur est aussi le conjoint de l'élu, une pratique désormais interdite.

François Fillon a aussi défendu la réalité des emplois de ses enfants Marie et Charles, rémunérés comme assistants alors qu'il était au Sénat, sans beaucoup d'opposition du PNF sur ce point.

Les Fillon se voient également reprocher le lucratif et tout aussi discret emploi de "conseiller littéraire" de Mme Fillon à la Revue des deux mondes du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, qui a plaidé coupable d'abus de biens sociaux. Et François Fillon la non-déclaration d'un prêt accordé par M. Lacharrière.

La défense plaidera la relaxe mercredi et le tribunal mettra ensuite son jugement en délibéré.