Désignée par Emmanuel Macron pour intégrer la Commission européenne, la Française Sylvie Goulard joue mercredi sa place devant les eurodéputés, qui devraient la bousculer sur les enquêtes dont elle fait l'objet et son rôle de conseillère pour un think tank américain.

Cette audition constitue aussi un nouveau test pour la présidente du futur exécutif européen, l'Allemande Ursula von der Leyen, censée entrer en fonction le 1er novembre.

Son équipe peine pour l'instant à convaincre les eurodéputés, qui doivent auditionner tous les commissaires jusqu'au 8 octobre, et dont le feu vert est indispensable.

Deux de ses membres - la social-démocrate roumaine Rovana Plumb et le Hongrois Laszlo Trocsanyi (PPE, droite)- ont été retoqués avant même leur audition.

Et d'autres, comme le Polonais Janusz Wojciechowski (souverainiste), pourraient devoir passer un nouveau grand oral après avoir manqué leur premier examen de passage.

Ce contexte complique la tâche de Sylvie Goulard, qui brigue le portefeuille du "Marché intérieur", aussi vaste que stratégique, au sein du futur exécutif européen.

Le rejet d'une sociale-démocrate et d'un candidat de droite pourrait en effet tenter les élus de ces deux partis de faire tomber, en représailles, un commissaire des Libéraux de Renew, le troisième grand groupe politique de l'UE. Or, la Française semble, parmi eux, la plus fragile.

"Il est hors de question pour nous d'accepter maintenant un +deux poids, deux mesures+", a prévenu le président de la délégation française du groupe PPE au Parlement, François-Xavier Bellamy.

- Deux enquêtes -

Députée européenne de 2009 à 2017, Mme Goulard a plutôt laissé de bons souvenirs dans l'hémicycle, où ses anciens pairs, de tous bords, louent encore son "professionnalisme" et son "expérience".

"Sylvie", comme ils l'appellent spontanément, reste l'une des leurs, ce qui pourrait jouer en sa faveur au cours des trois heures de ce grand oral qui aura lieu l'après-midi.

Mais le prestigieux CV de celle qui a aussi conseillé l'ex-président de la Commission européenne, Romano Prodi, reste entachée par l'affaire des emplois présumés fictifs des eurodéputés MoDem, qui l'avait contrainte à démissionner du gouvernement français en juin 2017 après seulement un mois.

Mme Goulard reste sous le coup de deux enquêtes: l'une de la justice française, l'autre de l'Office européen de lutte antifraude (Olaf).

Elle a déjà accepté de rembourser au Parlement européen 45.000 euros correspondant à huit mois de salaire d'un de ses assistants, pour lequel elle n'a pas pu fournir "de preuve de travail". "Un aveu", selon ses détracteurs.

Les élus européens ne devraient pas manquer non plus de l'interroger sur son travail de "consultante", à "plus de 10.000 euros" mensuels, pour un think tank américain, l'institut Berggruen, d'octobre 2013 à janvier 2016, alors même qu'elle était eurodéputée.

Selon cet organisme, fondé par le milliardaire germano-américain Nicolas Berggruen --qualifié jadis de financier "vautour" par le magazine Forbes-- elle a préparé "des documents d'information", passé des "coups de fil" et aidé à préparer diverses réunions publiques.

- "Cher payé" -

"Nous avions besoin d'une personne expérimentée et compétente (...) Elle parle plusieurs langues et dispose d'un solide réseau de personnes qui pouvaient être utiles", explique à l'AFP Dawn Nakagawa, vice-présidente de l'institut Berggruen.

"C'est cher payé, mais ils ont acheté son carnet d'adresses", estime une source européenne qui l'a côtoyée.

"Elle était payée pour organiser des colloques, des évènements. En fait, satisfaire l'égo d'un philanthrope", ajoute-elle.

L'eurodéputé libéral Guy Verhofstadt et l'ancien commissaire italien Mario Monti, eux-mêmes anciens membres de ce think tank, ont pris la plume lundi pour louer son "parcours" et "ses compétences" auprès du président du Parlement, David Sassoli, et d'Ursula von der Leyen.

"Nous avons la ferme conviction qu'il n'y avait pas de conflit d'intérêts" avec cet institut Berggruen, écrivent-ils dans ce courrier révélé par Politico.

Sylvie Goulard, souvent décrite comme "une femme de caractère", parfois "arrogante", reste muette, laissant son entourage la défendre.

Derrière elle, les libéraux français font bloc, de l'eurodéputé Stéphane Séjourné, qui n'a "aucun doute sur ses capacités", au ministre des Finances Bruno Le Maire, pour qui elle possède "l'expérience politique et les qualités techniques".