Aux urnes malgré tout. Les Français ont commencé à voter dimanche pour le premier tour des municipales dans un pays à l'arrêt à cause de la crise toujours plus dramatique du coronavirus.

Quelque 47,7 millions d'électeurs, dont 330.000 ressortissants de l'Union européenne, sont appelés à élire leur maire dans un contexte sans précédent, alors que la France a fermé à minuit tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays".

Ouverts depuis 08h00, au prix d'un respect scrupuleux des consignes de distanciation et de priorisation des personnes âgées et fragiles, les bureaux de vote fermeront à 18H00, 19H00 ou 20H00 selon les communes.

Le Premier ministre Edouard Philippe a voté dès 08h15 au Havre où il est tête de liste. L'ancien président Nicolas Sarkozy et la maire de Paris Anne Hidalgo ont également été parmi les premiers à glisser leur bulletin dans l'urne. Emmanuel Macron doit lui voter au Touquet vers 12h30.

La progression de l'épidémie, qui a désormais fait 91 morts, laisse présager une abstention record lors de ce scrutin dont la tenue du deuxième tour, le 22 mars, pose déjà question. Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a estimé dimanche que le virus toucherait "probablement" plus de la moitié de la population française.

Jusqu'à tard samedi soir, plusieurs élus, dont pas moins de six présidents de région, ont plaidé pour un report du 1er tour, que venait pourtant de confirmer Edouard Philippe, s'attirant une réponse agacée de l'exécutif.

"Ce sont les mêmes qui ont réclamé le maintien à tout prix jeudi, sur un ton parfois menaçant, qui demandent à présent l'annulation à la veille... Il faut être sérieux, à défaut d'être cohérent", a riposté auprès de l'AFP un proche du président Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat avait sérieusement envisagé jeudi d'annuler le scrutin, suscitant l'opposition de nombreux responsables politiques.

- "Pas peur" -

Alors que de nombreux maires faisaient part samedi soir de démissions en masse des assesseurs prévus pour le scrutin, la plupart des bureaux ont, selon les premières constatations de l'AFP, pu ouvrir normalement, au prix parfois de quelques minutes de retard. Des mesures ont été prises pour éviter les files d'attente et faire respecter les distances de sécurité.

Le gouvernement a préconisé de voter de préférence avec un bulletin reçu par courrier, d'émarger avec son propre stylo - bleu ou noir -, et de privilégier les horaires de moindre affluence, entre 9h et 11h et de 13h à 16h.

Dans le deuxième secteur de Marseille, Denis Walton a été le premier à déposer son bulletin dans l'urne, mais le vote au temps du coronavirus a changé son programme: "Je devais être assesseur mais j'ai préféré renoncer en raison du passage en stade 3, de ma santé et parce que ma mère à la maison a 90 ans. Mais je n'ai pas eu peur de venir voter."

À Saint-Georges-de-Mons (Puy-de-Dôme), bourg rural de 2.000 habitants, les habitants défilaient normalement. Parmi eux, Lucien Bonnet, 90 ans, venu "parce qu'à la campagne on n'est pas trop concernés". "J'ai toujours voté, je ne vais pas arrêter, il suffit de prendre des précautions. Après d'habitude on va au restaurant le dimanche mais là on pourra pas. Tant pis on fera des frites !"

A Lyon, les premiers électeurs présents à l'ouverture des bureaux étaient en majorité des retraités. "Je suis venue voter sans crainte. Je vais faire mon marché, je ne panique pas, je vis normalement", a déclaré Jacqueline Millard, 71 ans, après avoir voté au palais de la Bourse.

Convoquée au dernier moment comme assesseure suite à des désistements, dans un bureau de vote à Toulouse, Marie-José estime que "le maintien des élections d'un point de vue sanitaire, ce n'est peut-être pas très prudent". Mais "moi demain je vais bien devoir reprendre mon poste, le métro, alors je suis plutôt dans la logique qu'il faut bien que la vie continue", a ajouté cette infirmière de 47 ans.

"En colère contre un gouvernement qui maintient les élections tout en fermant le pays", Emeline Villard, employée dans la culture, 33 ans, s'est elle posé la question de participer au scrutin. Elle a finalement "décidé de venir car ce sont des élections locales, où on a l'impression de vraiment pouvoir agir et faire bouger les choses".

Le contexte inédit de l'épidémie, après une campagne électorale achevée dans l'indifférence, occulte les enjeux politiques de ce scrutin: Les Républicains et le PS parviendront-ils à se refaire sur le terrain municipal, après avoir vu leurs positions nationales s'effondrer depuis 2017 ? Le RN confirmera-t-il sa percée en gagnant de nouvelles mairies dans le Sud et les Hauts-de-France ? Les écologistes d'EELV pourront-ils maintenir leur élan des Européennes ? LREM, en position difficile, réussira-t-il un début d'implantation locale ?

La barre relativement basse (10% des suffrages exprimés au premier tour) au-dessus de laquelle une liste peut se maintenir devrait se traduire par une multiplication des triangulaires, voire des quadrangulaires, au second tour.

A l'issue du vote dimanche, les candidats autorisés à se maintenir auront jusqu'à mardi 18H00 pour trouver des alliés ou fusionner leurs listes en vue du second tour. S'il a lieu.