Son exploit précédent en 2019 avait sidéré le monde de la montagne, sans toutefois complètement faire l'unanimité. Son rôle déterminant dans la première ascension hivernale du K2 balaie les dernières réserves et consacre le Népalais Nirmal Purja en légende vivante de l'alpinisme.

En fin d'après-midi le 16 janvier, "Nims", son diminutif, et neuf alpinistes népalais ont franchi comme un seul homme et en chantant leur hymne national les derniers mètres menant au sommet du K2, la deuxième plus haute montagne de la planète (8.611 m) et le seul "8.000" qui n'avait encore jamais été gravi en hiver.

Pour le Népal et ses grimpeurs d'exception, trop longtemps cantonnés au rôle d'assistants de luxe des alpinistes étrangers, l'heure de la reconnaissance était enfin venue. Mais rien de cela n'aurait probablement été possible sans Nirmal Purja.

"Pour réussir une mission aussi importante que celle-ci, il vous faut une raison d'être", a-t-il déclaré à l'AFP à Skardu, porte d'entrée du massif du Karakoram au Pakistan, après avoir été héliporté avec son équipe par l'armée pakistanaise depuis le camp de base du K2.

"S'il n'y avait eu qu'un but personnel, je ne pense pas que nous aurions réussi. Nous nous sommes unis autour d'un objectif commun", a ajouté l'ancien soldat des forces spéciales britanniques, le visage encore émacié par les efforts et les doigts abimés par les engelures.

Connus depuis des décennies pour leur aptitude à la haute montagne, les Népalais n'avaient encore jamais placé le moindre grimpeur sur une première ascension hivernale d'un "8.000" et rêvaient d'inscrire leur pays à ce palmarès.

- "Très déterminé" -

Seul membre de l'équipe à ne pas être d'ethnie sherpa - il est magar -, Nirmal Purja, 38 ans, a été la force motrice de l'ascension finale sur la "montagne sauvage", où en hiver les températures peuvent dépasser les -60° C.

Certains de ses équipiers, transis de froid, étaient tout près de renoncer. Il les a convaincus de continuer et a été le seul à atteindre le sommet sans utiliser d'oxygène.

"Il est très déterminé. Quand il dit quelque chose, il le fait", a expliqué à l'AFP l'autre leader du groupe, Mingma Gyalje Sherpa. Les deux hommes étaient au départ dans deux équipes différentes, avant d'unir leurs efforts au service de leur pays.

Élevé dans un village du sud du Népal à l'écart des montagnes, au sein d'une famille modeste, "Nims" a surgi brusquement sur la scène de l'alpinisme mondial, après avoir passé six ans parmi les Gurkhas de l'armée britannique et dix dans le "Special boat service", une unité d'élite de la Royal Navy, servant notamment en Afghanistan.

En novembre 2019, il avait gravi les 14 sommets de plus de 8.000 m, avec oxygène, en six mois et six jours, battant au passage plusieurs records de vitesse. Son projet était au départ considéré comme impossible par nombre d'alpinistes.

Cette performance époustouflante avait été saluée par ses pairs. Mais son recours à l'oxygène, aux cordes fixes, à des hélicoptères pour aller d'un camp de base à l'autre avait aussi suscité les critiques des puristes, qui avaient dénoncé un alpinisme spectacle, éloigné de l'esprit originel des explorateurs.

- "L'histoire décidera" -

Quelques jours plus tard, il avait encore fait froncer des sourcils en aidant des alpinistes du Koweït à déployer un drapeau géant de leur pays au sommet de l'Ama Dablam, dans la région de l'Everest au Népal.

Désormais parrainé par une grande marque de soda, il s'est lancé dans le projet K2 en fin d'année 2020. Sa présence a poussé des alpinistes de renom à rappeler qu'à leurs yeux une vraie première hivernale ne pouvait se faire que sans oxygène, considéré comme une forme de dopage.

Le succès des Népalais a été salué de toutes parts. Mais quelques voix se sont aussi immédiatement élevées, comme celle de la star polonaise Adam Bielecki, pour souligner qu'ils avaient recouru à l'oxygène. Quand trois jours plus tard, "Nims" a révélé qu'il n'en avait pas utilisé, Bielecki s'est incliné et lui a témoigné son "respect".

"On ne se préoccupe pas de ce que le monde dit (...) Les gens qui ont gravi ces grandes montagnes savent qui sont les vrai héros", a répondu Nirmal Purja à l'AFP, préférant ne pas entretenir la polémique. "L'histoire décidera, nous n'avons pas besoin de revendiquer quoi que ce soit."

"C'était une entreprise humaine. Aucun humain n'avait escaladé le K2 en hiver auparavant. Nous l'avons fait et nous représentons l'humanité", a-t-il souligné.

N'ayant pas pu descendre du sommet du K2 en parapente comme il en rêvait - son équipement a été emporté par le vent - "Nims" a déjà le regard fixé vers de prochaines aventures. "Il y a toujours quelque chose à venir, quelque chose de plus grand, toujours des limites à dépasser. C'est humain, c'est ce que nous faisons".