L'armée bangladaise a intensifié ses opérations dans le tentaculaire complexe de camps qui abrite environ un million de Rohingyas réfugiés au Bangladesh, après des heurts entre gangs de la drogue qui ont fait sept morts en six jours, a-t-on appris mercredi auprès de la police.

Deux groupes armés de Rohingyas s'affrontent dans le camp de Lambasia pour contrôler le marché lucratif de la méthamphétamine à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh.

Une femme figure parmi les sept morts des six derniers jours et il y a eu plusieurs blessés, selon la police locale.

"Nous avons trouvé quatre corps mardi soir dans le camp de Lambasia", a déclaré à l'AFP Rafiqul Islam, chef adjoint de la police du district de Cox's Bazar (Sud-Est) où sont installés les camps depuis trois ans.

"Trois d'entre eux avaient été tués par balle et un autre avait des marques de coups de couteau", a-t-il précisé.

Des centaines de soldats et de policiers armés ont été déployés selon lui dans les camps depuis le début des affrontements le 2 octobre et leur présence a été renforcée mardi.

"La situation est à présent calme", a assuré M. Islam.

Quelque 750.000 réfugiés musulmans rohingyas, minorité persécutée en Birmanie, ont fui en 2017 une épuration ethnique dans l'Ouest de la Birmanie menée par l'armée et des milices bouddhistes. Ils sont venus grossir les rangs des quelque 200.000 Rohingyas déjà abrités au Bangladesh, legs de vagues de violence précédentes.

L'afflux massif de réfugiés a entraîné la création des camps où règne une misère noire que la pandémie de coronavirus a encore aggravée, permettant au trafic de drogue de se développer.

La répression en Birmanie avait suivi des attaques en août 2017 de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) contre des postes de sécurité.

Selon des responsables rohyngias dans les camps, l'ARSA est à présent impliquée dans une guerre de territoires avec le gang de Munna, du nom d'un trafiquant de drogue de Kutupalong --le plus grand des camps-- dont un frère aîné et trois proches auraient été tués dans les affrontements.

"L'ARSA a revendiqué la mort de quatre personnes qui sont des proches d'un dirigeant de gang rohingya", a dit l'un d'eux qui va transférer sa famille dans un autre camp en raison des combats.

"L'ARSA est derrière tous les morts de la semaine passée", a estimé un autre, basé à Kutupalong. "Ils veulent imposer leur contrôle total sur les camps".

Les forces de sécurité bangladaises ont tué plus d'une centaine de Rohingyas entre août 2017 et juillet dernier. Un rapport d'Amnesty International citant l'ONG bangladaise de défense des droits de l'homme Odhikar évoque des exécutions extra-judiciaires.

Selon la police, la plupart des personnes tuées étaient impliquées dans du trafic de drogue ou le passage de Rohingyas fuyant les camps par bateau vers la Malaisie.