Des hommes masqués ont interpellé mercredi l'une des dernières figures de l'opposition bélarusse à ne pas avoir été arrêtée ou exilée, un mois après le début d'un mouvement de contestation inédit visant le président Alexandre Loukachenko.

"Maxime Znak est venu au bureau pour participer à une visioconférence mais il ne l'a jamais rejointe, il a juste pu envoyer un mot, +masques+", a indiqué le service de presse de son groupe d'opposition sur Telegram, publiant une photo de l'avocat conduit par des hommes masqués et en civil.

Le juriste de 39 ans est l'un des sept membres de la direction du "conseil de coordination", formé par l'opposition pour promouvoir une transition du pouvoir et négocier le départ du président.

Lui et la prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch étaient les derniers dirigeants de cet organisme encore en liberté au Bélarus, les autres ayant été soit arrêtés, soit contraints à l'exil.

L'interpellation de l'avocat intervient un mois après la présidentielle, qui a déclenché un mouvement de contestation sans précédent pour dénoncer la réélection jugée frauduleuse de M. Loukachenko, aux commandes du pays depuis 1994, face à l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa.

- "Loukachenko a peur" -

Cette dernière, réfugiée sous la menace en Lituanie dans la foulée du scrutin du 9 août, a dénoncé "l'enlèvement" de M. Znak et réclamé sa "libération sans délai".

"Loukachenko a peur des négociations et essaye de paralyser le travail du conseil de coordination (...) Il n'y a pas d'alternative aux négociations", a-t-elle estimé dans un communiqué.

Elle a rencontré mercredi à Varsovie le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, avant de donner un discours devant la diaspora bélarusse. "Ce qui se passe maintenant dans les rues des villes bélarusses est terrifiant", a-t-elle dit, assurant que M. Loukachenko "n'est plus légitime aux yeux des gens".

Malgré la répression des manifestations et les pressions contre les opposants, la rue continue de se mobiliser, réunissant tous les dimanche depuis quatre semaines plus de 100.000 personnes dans les rues de Minsk.

Si la police et les services secrets (KGB) n'ont pas confirmé l'arrestation de M. Znak, le scénario de sa disparition correspond à celui vécu par d'autres opposants, interpellés par des hommes non identifiés. Un jour ou deux plus tard, leur incarcération ou exil était annoncé.

Des inconnus ont aussi appelé au téléphone et sonné longuement mardi à la porte de Svetlana Alexievitch, qui a indiqué à l'AFP avoir préparé ses affaires et être prête à être arrêtée à son tour. Plusieurs diplomates européens se sont rendus chez elle en signe de soutien.

"Notre pays a été kidnappé, les meilleurs ont été kidnappés. Mais des centaines d'autres viendront", a dit Mme Alexievitch dans un communiqué: "Loukachenko dit qu'il ne parlera pas avec la rue (...) Ce n'est pas la rue, c'est le peuple".

Mardi, l'opposition a fait état du rocambolesque "enlèvement" par les autorités de l'opposante Maria Kolesnikova, qui s'est échappée d'une voiture la transportant, avec deux autres opposants, et a déchiré son passeport pour empêcher un exil forcé en Ukraine.

Minsk a reconnu son arrestation, mais affirmé qu'elle avait été jetée dans les mains des forces de l'ordre par ses camarades. Son père a indiqué mercredi au média Tut.by qu'elle se trouve dans un centre de détention de la capitale.

- Appel aux Russes -

Mme Tikhanovskaïa a lancé mercredi un appel aux Russes à soutenir dans sa "lutte pour la liberté" le peuple bélarusse, et à ne pas croire à la "propagande" prétendant que les adversaires d'Alexandre Loukachenko sont anti-russes.

"A aucune étape, cela n'a été une lutte contre la Russie", a-t-elle dit, alors que M. Loukachenko a accusé ses détracteurs d'être pilotés par les Occidentaux et d'user du Bélarus comme tremplin pour déstabiliser Moscou.

Alexandre Loukachenko a répété mercredi qu'il ne partira pas sous la pression, mais a aussi évoqué pour la première fois une éventuelle présidentielle anticipée.

Celle-ci reste toutefois liée à un vague projet de réforme constitutionnelle, pour lequel aucun calendrier n'a été fixé: "Si nous changeons la Constitution, alors il faudra y inscrire l'élection présidentielle. Et je penche pour une présidentielle anticipée", a-t-il affirmé.

Après avoir accusé Moscou de chercher à l'écarter, M. Loukachenko a effectué un virage à 180 degrés, plaidant pour le soutien russe.

Il s'est entretenu à plusieurs reprises avec le président russe Vladimir Poutine, qui a promis d'envoyer des troupes si la contestation devait dégénérer en violences. Un sommet entre les deux hommes est prévu bientôt.