Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont rencontré lundi la figure de proue de l'opposition bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa, mais ne sont pas parvenus à surmonter leurs divergences pour sanctionner la répression menée par le président Alexandre Loukachenko, ont confié à l'AFP plusieurs participants.

"Il n'y aura pas de sanctions aujourd'hui. C'est regrettable. Malgré les promesses, Mme Tikhanovskaïa va repartir avec rien. C'est la réalité", a déploré l'un d'eux.

Svetlana Tikhanovskaïa a rencontré les ministres des Affaires étrangères des 27 Etats membres de l'Union au cours d'un petit déjeuner avant leur réunion et elle les a "suppliés d'aider la démocratie et les droits de l'homme dans son pays", a raconté la ministre espagnole Arancha Gonzalez Laya.

"Nous devons adresser un signal fort", a insisté la ministre espagnole.

Comme depuis des semaines, les manifestations se sont poursuivies ce weekend à Minsk. Plusieurs centaines de personnes ont été interpellées.

"Il est vraiment temps d'agir et j'espère que nos collègues ne vont pas prendre les décisions en otage", avait plaidé le ministre lituanien Linas Antanas Linkevicius, dont le pays accueille l'opposante depuis sa fuite du Bélarus.

L'Union européenne a préparé des sanctions contre une quarantaine de personnes jugées responsables de la répression, mais l'unanimité est nécessaire pour leur adoption. Or, Chypre conditionne toujours son accord à l'adoption de mesures pour contraindre la Turquie à cesser ses forages gaziers dans les eaux de sa zone économique.

"Notre réaction à tout type de violation de nos valeurs et principes fondamentaux ne peut être à la carte. Elle doit être cohérente", a averti le chef de la diplomatie chypriote Nikos Christodoulidis à son arrivée.

- Blocage politique -

Les sanctions ont été le premier point abordé par les ministres et les positions n'ont pas bougé, a expliqué à l'AFP un autre diplomate.

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a souhaité rouvrir la discussion sur le Bélarus et demandé à ce que "M. Loukachenko soit sanctionné par l'Union européenne".

Plusieurs capitales européennes estiment toutefois que cibler le président bélarusse n'aidera pas la tentative de médiation demandée à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

L'argument est le même que celui opposé par l'Allemagne, qui juge "inopportun" de sanctionner la Turquie lundi, car l'adoption de sanctions risque de ruiner sa médiation avec Ankara, ont confié à l'AFP plusieurs diplomates.

"Cette situation est inacceptable pour Nicosie qui a maintenu son veto vendredi", ont confié deux d'entre eux.

"La Turquie a fait rentrer au port le navire Oruç Reis qui opérait dans la zone économique de la Grèce, mais à maintenu la mission du Yavuz, un autre navire de forage qui prospecte dans la zone maritime de Chypre. Ankara joue clairement la division de l'UE", avait souligné un diplomate avant la réunion de lundi.

Mais "lundi n'est pas la fin de l'histoire", a estimé un des diplomates consultés par l'AFP.

La crise avec le président turc Recep Tayyip Ergogan a été inscrite à l'ordre du jour du sommet des dirigeants de l'UE jeudi et vendredi, et une nouvelle réunion des ministres des Affaires étrangères est prévue le 12 octobre.

Pour le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, la crédibilité de l'UE est en jeu si les sanctions contre Minsk ne sont pas adoptées avant le sommet européen. Il doit rendre compte de la réunion lors d'une conférence de presse.

Svetlana Tikhanovskaïa a dit avoir plaidé pour l'adoption de ces sanctions au cours d'un point de presse et avoir demandé que l'UE ne reconnaisse plus Alexandre Loukachenko comme président du Bélarus.

Candidate lors de la présidentielle du 9 août, Mme Tikhanovskaïa a été menacée et contrainte à l'exil. Elle est réfugiée en Lituanie et dit ne pas pouvoir rentrer dans son pays, car elle serait "jetée en prison".

Elle a confirmé sa volonté de ne pas être à nouveau candidate au cas où une nouvelle élection serait organisée, car "le Bélarus traverse une crise économique profonde et a besoin d'un leader fort, un expert économique fort" pour la surmonter.

Le Bélarus est toujours sous le coup d'un embargo sur les ventes d'armes et de matériel pouvant être utilisé pour la répression. Quatre personnes sont par ailleurs interdites de séjour dans l'UE et leurs avoirs ont été gelés.