Les autorités bélarusses ont multiplié lundi les arrestations d'opposants et de dirigeants grévistes au lendemain d'une nouvelle manifestation monstre contre les résultats de la présidentielle contestée du 9 août.

Le mouvement inédit de protestation contre le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, entre dans sa troisième semaine, mais le chef de l'Etat multiplie les déclarations et mises en scène martiales.

Symbole de la pression qui s'accroît sur le mouvement de contestation, la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch a été convoquée pour mercredi par les enquêteurs, en tant que membre du "conseil de coordination" formé par l'opposition et qui fait l'objet de pressions et poursuites en justice pour "menace à la sécurité nationale".

Lundi, deux membres de ce "conseil", destiné à promouvoir une transition pacifique du pouvoir, Sergueï Dilevski et Olga Kovalkova, ont été interpellés à l'entrée de l'emblématique usine de tracteurs de Minsk (MTZ), pour avoir illégalement organisé une grève selon leurs partisans.

Outre sa place dans ce "conseil", Sergueï Dilevski est également le président du comité de grève de cette usine.

Le président du comité de grève d'une autre importante usine, celle de fabrication de véhicules lourds MZKT, Alexandre Lavrinovitch, a également été appréhendé par la police lundi pendant qu'il collectait des signatures en faveur d'un nouvel arrêt de travail, ont dit des ouvriers à l'AFP.

Enfin, le coprésident du comité de grève du producteur de potasse Belaruskali, Bokoun Anatoli, a aussi été interpellé lundi, à Soligorsk, une ville industrielle située à environ 135 km au sud de Minsk.

L'opposition, outre ses manifestations quotidiennes, a déclenché des grèves qui ont touché des secteurs clés de l'économie bélarusse, mais celles-ci ont perdu de leur ampleur après de multiples pressions des autorités sur les salariés.

- Loukachenko martial -

Olga Kovalkova a déposé une plainte auprès de la Cour suprême vendredi pour obtenir l'annulation de la présidentielle, officiellement remportée par Alexandre Loukachenko avec 80% des suffrages.

L'annonce de ces résultats, jugés frauduleux, a provoqué l'actuel mouvement de contestation. Dimanche, quelque 100.000 personnes ont manifesté dans les rues de la capitale, comme elles l’avaient déjà fait le 16 août.

Alexandre Loukachenko n'a quant à lui cessé de montrer les muscles depuis le début des protestations, dénonçant un complot occidental et renforçant l'armée aux frontières, notamment près de la Lituanie où un lâcher de ballons en signe de soutien aux manifestants a causé un incident.

Selon Vilnius, un hélicoptère militaire bélarusse a violé lundi pendant quelques minutes l'espace aérien de ce pays membre de l'UE et de l'Otan. Minsk a pour sa part dit avoir contré une "tentative de violation" de son espace aérien par "une sonde composée de huit ballons avec des symboles antigouvernementaux".

Alexandre Loukachenko a accusé le "conseil" de l'opposition de vouloir "s'emparer du pouvoir" et a menacé de "refroidir certaines têtes brûlées" en son sein.

Au cours de la manifestation monstre de dimanche, il s'est affiché dans une vidéo en gilet pare-balles et armé d'un fusil d'assaut près de sa résidence à Minsk, qualifiant les protestataires de "rats".

Lundi encore, l'agence de presse étatique Belta a diffusé une vidéo rassemblant des déclarations martiales de M. Loukachenko sur une musique de film d'action, le montrant notamment arme à la main saluer des policiers antiémeute.

S'entretenant lundi au téléphone avec Vladimir Poutine, son principal allié malgré des relations en dents de scie, M. Loukachenko a informé son homologue russe des "mesures prises en vue de la normalisation de la situation" au Bélarus, selon le Kremlin.

- "Situation critique" -

L'égérie de l'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle, Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, doit pour sa part s'exprimer mardi devant une commission du Parlement européen. Elle a rencontré lundi à Vilnius le numéro 2 du département d'Etat américain Stephen Biegun.

"M. Loukachenko ne bénéficie du soutien ni du peuple bélarusse ni de la communauté internationale. Chaque jour, il refuse d'accepter la volonté de son peuple, ne faisant que prolonger la crise et l'aggraver", a-t-elle déclaré.

M. Biegun a pour sa part salué en Mme Tikhanovskaïa une "personne très impressionnante", toute en assurant que Washington n'entendait pas "décider du cours des événements au Bélarus".

En déplacement en Ukraine, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a quant à lui réitéré l'appel européen au chef de l'Etat bélarusse à accepter le dialogue pour régler une "situation critique".

"Je pense que Loukachenko voit que ces dernières semaines les rues se sont remplies de manifestants. C'est pourquoi nous appelons à ne pas recourir à la violence, à respecter les droits des manifestants", a-t-il dit.

L'UE a rejeté les résultats de la présidentielle et a promis de nouvelles sanctions contre un nombre "substantiel" de responsables du pouvoir bélarusse.