Des centaines de personnes ont protesté mardi soir à Minsk, la capitale du Bélarus, après le rejet de la candidature à la présidentielle d'août du principal rival du président Alexandre Loukachenko, emprisonné depuis juin.

Des manifestations se sont déroulées dans plusieurs endroits du centre-ville, certains contestataires brandissant des portraits de M. Loukachenko, accompagnés du slogan "Va-t-en !", selon une journaliste de l'AFP.

Quelque 36 personnes, parmi lesquelles des manifestants et des journalistes couvrant ces actions de protestation, ont été arrêtées par la police, a annoncé le centre Viasna de défense des droits de l'Homme.

Des manifestations similaires ont eu lieu dans d'autres villes bélarusses, selon la même source.

Elles ont intervenues après que la Commission électorale bélarusse a annoncé mardi que la candidature de Viktor Babaryko, un ancien banquier de 56 ans, avait été rejetée pour revenus non-déclarés et financements étrangers destinés à sa campagne.

Il a été arrêté mi-juin et fait l'objet de poursuites pour avoir dirigé un "groupe organisé" auteur de "fraudes" et de "blanchiment d'argent" via la banque Belgazprombank, une filiale du géant gazier russe Gazprom qu'il a précédemment dirigée.

- "Persécuter ses rivaux" -

Le président Loukachenko, qui accuse à la fois les Occidentaux et la Russie de s'ingérer dans le scrutin du 9 août, avait sous-entendu que son principal rival était soutenu par Moscou, des accusations rejetées par les représentants de l'opposant et le Kremlin.

"C'est un signal clair montrant que les autorités ont peur", a réagi mardi la directrice de campagne de M. Babaryko, Maria Kolesnikova, accusant Alexandre Loukachenko de "persécuter ses rivaux".

L'équipe de l'opposant a annoncé qu'elle allait contester cette mesure devant la Cour suprême.

Depuis juin, les autorités bélarusses ont procédé à des perquisitions et des arrestations en nombre ayant pris pour cibles diverses formations et personnalités critiquant le régime, mais aussi leurs militants ou partisans.

- "Que les plus faibles" -

Quatre candidatures ont été enregistrées en plus de celle d'Alexandre Loukachenko, 65 ans, à la tête de cette ancienne république soviétique de neuf millions d'habitants depuis 1994 et qui vise un sixième mandat.

Parmi eux, le plus en vu est Tatiana Tikhanovskaïa, 37 ans, la femme d'un vidéo-blogueur, Sergueï Tikhanovski, un virulent détracteur du régime, âgé de 41 ans, très populaire sur YouTube et également emprisonné.

Il avait annoncé entrer dans la course pour la présidentielle en qualifiant M. Loukachenko de "cafard" corrompu qui doit être écrasé.

Mais son arrestation pour "troubles à l'ordre public" a eu raison de ses ambitions, si bien que son épouse a pris sa place.

Les trois autres candidatures validées sont celles de personnalités jugées peu susceptibles de réunir derrière elles les opposants : il s'agit de l'ex-députée Anna Kanopatskaïa, d'un président d'association, Andreï Dmitriev, et du chef d'un parti social-démocrate Sergueï Tcheretchen.

"Le pouvoir a éliminé les candidats les plus forts, il ne reste que les plus faibles", a commenté auprès de l'AFP le politologue Valeri Karbalevitch.

Parmi les autres personnalités qui n'ont pu se présenter, Valeri Tsepkalo, 55 ans, un ancien diplomate bélarusse de haut rang, et la figure historique de l'opposition, Mikola Statkevitch, actuellement en détention.

- Nouveaux visages et répression -

L'arrivée de nouveaux visages dans le paysage politique bélarusse, comme ceux de MM. Babaryko et Tikhanovski, avait dynamisé la campagne dans un pays où les scrutins sont d'ordinaire une formalité pour le pouvoir. Avant de faire face à la répression des autorités.

Depuis l'arrivée à la tête de l'Etat d'Alexandre Loukachenko, aucune opposition n'a pu s'ancrer dans le paysage politique. Nombre de ses dirigeants ont été emprisonnés, et, en 2019, aucun opposant n'a été élu au Parlement.

Les résultats des quatre dernières élections présidentielles n'ont pas été reconnus comme ayant été équitables par les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).