Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël, Benjamin Netanyahu a encore prouvé mardi qu'il était maître dans l'art de la survie politique en arrivant en tête des élections législatives, malgré les accusations de corruption qui le visent.

Après avoir joué à fond la carte de la défense d'Israël face à la "menace Covid", le Premier ministre est crédité de 31 à 33 sièges sur les 120 de la Knesset (Parlement) et pourrait obtenir l'appui de ses alliés de droite pour former une coalition gouvernementale.

De quoi décourager ses opposants qui voient en lui un "Crime minister" et non un "Prime minister", allusion à ses démêlés avec la justice qui l'accuse de corruption, malversation et abus de confiance dans une série d'affaires.

Ses admirateurs voient au contraire en "Bibi" l'incarnation du nouveau "Roi d'Israël" pour sa défense arc-boutée du pays face à un Iran présenté comme le nouvel "Amalek" --l'ennemi mortel des Hébreux dans la Bible.

Pour ses partisans, ce statut a été renforcé par sa gestion de la menace Covid-19, contre laquelle il a lancé une massive et rapide campagne de vaccination.

Mais d'importants pics de contamination ont encore été enregistrés et M. Netanyahu est accusé dans la rue de ne pas avoir suffisamment aidé les travailleurs ayant perdu leur emploi.

- Sioniste convaincu -

Voix rauque de ténor, cheveux argentés inamovibles, souvent vêtu d'un complet-cravate bleu sur chemise blanche, Benjamin Netanyahu, à ce jour seul Premier ministre né après la création d'Israël en 1948, est profondément marqué par l'héritage de la droite israélienne.

Né à Tel-Aviv le 21 octobre 1949, il tient ce bagage idéologique musclé de son père Benzion, ancien assistant personnel de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite "révisionniste", favorable au "Grand Israël".

Opposé au processus de paix israélo-palestinien d'Oslo, qu'il a contribué à enterrer, M. Netanyahu prône une vision d'Israël comme "Etat juif" avec des frontières s'étendant jusqu'à la Jordanie, d'où ses déclarations en faveur de l'annexion de pans de la Cisjordanie occupée et ses mesures ayant favorisé un boom des colonies.

Au tournant des années 1970, dans l'après-guerre des Six-Jours, le jeune Benjamin effectue son service militaire dans un commando d'élite.

Mais c'est surtout son frère aîné, Yoni, qui se fait remarquer dans les rangs de l'armée. Son décès en 1976, pendant l'assaut israélien à Entebbe pour libérer les otages d'un vol Tel-Aviv/Paris, ébranle profondément Benjamin Netanyahu, qui fera de la "lutte contre le terrorisme" l'un des fils conducteurs de sa carrière.

Benjamin Netanyahu a "bâti son personnage politique autour d'une image de force et de l'idée selon laquelle les Juifs ne pouvaient se satisfaire d'une foi tiède et devaient se montrer aussi durs que la région dans laquelle ils vivent", écrit dans ses mémoires l'ex-président américain Barack Obama.

Et de se demander si Benjamin Netanyahu, qui a "hérité du zèle de son père à défendre Israël", a aussi "hérité de l'hostilité paternelle décomplexée envers les Arabes".

S'il maintient des propos durs à l'endroit du leadership palestinien, M. Netanyahu a défendu la normalisation récente des relations avec des pays arabes (Emirats, Bahreïn, Soudan, Maroc) et rêve de l'étendre à l'Arabie saoudite.

- Le cercle des intimes -

Orateur né, pugnace, Benjamin Netanyahu est aussi diplomate de carrière. Il a été en poste aux Etats-Unis, où il a fait ses études, puis ambassadeur à l'ONU dans les années 1980.

De retour en Israël, il est élu sous la bannière du Likoud (droite), dont il devient l'étoile montante.

En 1996, à 47 ans, M. Netanyahu triomphe du doyen Shimon Peres et devient le plus jeune Premier ministre de l'histoire d'Israël. Mais son règne est de courte durée: trois ans.

Il revient toutefois à la politique et reprend la tête du Likoud, jusqu'à redevenir Premier ministre en 2009. Depuis, Israël n'a plus connu d'autre chef de gouvernement que lui.

"C'est le gardien de but de la nation et il ne laisse aucun ballon entrer. C'est pourquoi il est toujours au pouvoir", affirme Colin Shindler, professeur à la School of Oriental and Asian Studies de Londres.

Si, élections après élections, une partie de l'électorat lui témoigne de sa confiance, lui ne semble l'accorder qu'à un cercle restreint de collaborateurs.

Aujourd'hui, plusieurs de ses rivaux sont d'anciens ministres. "Et je ne crois pas que ce soit une coïncidence. Il ne fait confiance à personne" et sa "valeur fondamentale" est d'assurer lui-même sa "survie, alors il utilise des gens, puis les écarte", ajoute M. Shindler.

Après les élections, il y a néanmoins une chose que M. Netanyahu pourrait avoir du mal à écarter: son procès, qui doit reprendre en avril.