La capitulation de Silvio Berlusconi, qui a dû mercredi se rallier au gouvernement d'Enrico Letta, marque la fin d'un système digne de César au sein duquel le Cavaliere était omnipotent, estiment les commentateurs.

"Tout un monde s'écroule", titrait mercredi la Repubblica, avant la dernière pirouette de M. Berlusconi. Celui-ci, après n'être pas parvenu à convaincre la plus grande partie de ses troupes, a finalement appelé à voter la confiance au gouvernement qu'il voulait au départ à tout prix faire tomber, confiance que l'équipe de M. Letta a d'ailleurs largement obtenue.

Symbole le plus fort de la perte d'influence du Cavaliere, la révolte d'Angelino Alfano, qui lui doit pourtant toute sa carrière. Du temps où il était son ministre de la Justice, M. Alfano a rédigé des lois l'ayant tiré de ses nombreux déboires judiciaires. Il a aussi accepté sans broncher d'être chassé de la tête de liste aux élections (de février 2013) où Silvio Berlusconi l'avait placé avant de se raviser et de prendre sa place.

Pour la première fois, cet avocat sicilien de 42 ans a osé publiquement s'opposer à son mentor, lorsque celui-ci l'a contraint à démissionner de son poste de vice-Premier ministre et de ministre de l'Intérieur.

Il a carrément appelé à voter la confiance au gouvernement que M. Berlusconi voulait faire tomber.

"C'est Spartacus et la révolte des esclaves", s'amuse Il Fatto Quotidiano (gauche). Nombre d'Italiens sont stupéfaits de la métamorphose d'Alfano. Les -toujours- fidèles du Cavaliere s'indignent d'un "Brutus", semblable au fils parricide de César, qui "s'en prend à Berlusconi au moment où il est affaibli" par sa récente condamnation définitive à une peine de prison. Les autres s'émerveillent de voir "la colombe avec des serres" de faucon.

"Il est incroyable qu'Alfano, véritable créature berlusconienne veuille sacrifier son idole", note Il Messagero.

Au-delà de ce cas personnel, c'est tout un entourage de fidèles qui a fait défection. Mardi soir, l'ex-chef du groupe PDL (Peuple de la Liberté) à la Chambre, Fabrizio Cicchitto, autrefois lieutenant zélé de M. Berlusconi, a traité de "nazi" et de "porte-poisse" un fidèle du Cavaliere.

Pour Gianni Riotta, de La Stampa, "Rome assiste à l'acte final de l'histoire politique de Silvio Berlusconi, qui pour la première fois rencontre quelqu'un qui lui dit +non+".

Plusieurs quotidiens italiens n'hésitent pas à évoquer le 25 juillet 1943, quand Benito Mussolini fut déposé par un vote du Grand conseil fasciste. "Comme alors Mussolini, Berlusconi montre des signes de fatigue", remarque Filippo Ceccarelli, de La Repubblica.

Depuis son entrée dans la vie politique en 1994, le magnat des médias a régné sans partage sur son parti, créé à l'origine avec des cadres de son empire médiatique, Fininvest. "Ce n'est pas un dirigeant politique, c'est le propriétaire de son parti... et de ses cadres", avait récemment confié à l'AFP un député de gauche.

Figurant parmi les plus grandes fortunes d'Italie (son patrimoine est évalué à quelque six milliards d'euros), Silvio Berlusconi n'a par ailleurs jamais caché sa "générosité" avec les hommes et les femmes qui l'entouraient. Il est en ligne de mire de la justice pour avoir acheté les votes d'un sénateur de gauche qui avait fait tomber le gouvernement de Romano Prodi en 2008.

A l'inverse, à travers les trois chaînes de télévision qu'il détient et le quotidien Il Giornale qui appartient à sa famille, Silvio Berlusconi a toujours su décourager les éventuels frondeurs. Comme Gianfranco Fini, ex-allié qui osa s'élever contre lui et fut victime de son "énorme pouvoir économique et médiatique", souligne Antonio Polito, du Corriere della Sera.

Aujourd'hui, Silvio Berlusconi, 77 ans, "semble l'ombre de ce qu'il fut lui-même", dit Stefano Folli, du quotidien économique Il Sole 24 Ore.

Reste que Silvio Berlusconi a déjà été donné pour mort de nombreuses fois... avant de rebondir. Après avoir dû abandonner le pouvoir en novembre 2011 sous les huées en raison de scandales et dans une Italie au bord de la faillite, il a fait un retour spectaculaire, s'arrogeant un tiers des voix aux élections de février.

"Je ne meurs pas, même s'ils me tuent", a-t-il déclaré dans une interview accordée à l'hebdomadaire Panorama paraissant cette semaine.