Joe Biden a été élu samedi président des Etats-Unis, l'emportant face à Donald Trump et mettant fin à une séquence politique inédite qui a secoué l'Amérique et le monde.

Après quatre jours de suspense, l'ancien vice-président de Barack Obama a, selon les projections des grands médias, franchi le seuil "magique" de 270 grands électeurs.

Il a immédiatement promis d'être le président "de tous les Américains". "Il est temps de laisser derrière nous la colère et la rhétorique enflammée et de nous rassembler", a-t-il tweeté.

Donald Trump, qui briguait un second mandat de quatre ans, n'a, à ce stade, pas reconnu sa défaite. Pire: dans un tweet rageur écrit en lettres capitales, il encore revendiqué une victoire qui lui aurait été volée.

L'annonce de la consécration de Joe Biden, âgé de 77 ans, a provoqué des scènes de liesse à travers les Etats-Unis.

A Washington, sous un soleil quasiment estival, des milliers de personnes affluaient vers la Maison Blanche et le Black Lives Matter Plaza, une partie de l'artère menant à la résidence présidentielle renommée au printemps dernier pour dénoncer les violences policières contre les Africains-Américains.

"Je suis heureuse, pleine d'espoir", disait Alex, jeune femme de 30 ans portant un masque "Biden-Harris" et avouant avoir vécu ces quatre derniers jours dans l'angoisse. Cette victoire "montre que nous pouvons encore croire au rêve américain".

Kamala Harris entrera elle dans l'Histoire en devenant la première femme à accéder à la vice-présidence. "Mettons nous au travail" pour restaurer "l'âme de l'Amérique", a-t-elle déclaré samedi en phase avec Joe Biden.

Emmanuel Macron, Angela Merkel, Boris Johnson, Justin Trudeau: nombre de dirigeants ont rapidement félicité Joe Biden. L'Union européenne, malmenée par l'actuel locataire de la Maison Blanche, a dit par la voix de Charles Michel espérer un "partenariat solide" avec les Etats-Unis.

- 46e président de l'histoire -

Barack Obama, 44e président de l'histoire, a salué samedi la victoire "historique" de son "ami", qui deviendra dans un peu plus de deux mois le 46e.

La date de la passation de pouvoir est inscrite dans la Constitution: le 20 janvier à midi. D'ici là, les Etats certifieront leurs résultats, et les 538 grands électeurs se réuniront en décembre pour formellement désigner le président.

Donald Trump se trouvait, au moment de l'annonce des résultats, dans son club de golf de Virginie, non loin de Washington.

Dans un bref communiqué, il a accusé Joe Biden de se "précipiter pour se présenter faussement" en vainqueur.

Rien n'oblige le président républicain à le faire formellement, mais admettre sa défaite fait partie de la tradition à Washington.

Il a dès mardi soir adopté une posture très belliqueuse, promettant une véritable guérilla judiciaire.

A l'issue d'une campagne d'une agressivité inouïe, chamboulée par la pandémie de Covid-19, le tempétueux président de 74 ans a échoué à se faire réélire, contrairement à ses trois prédécesseurs Barack Obama, George W. Bush, Bill Clinton.

A la fois révélateur et amplificateur des profondes fractures de l'Amérique, il aura, pendant quatre ans, provocations et tweets à l'appui, brisé tous les codes et piétiné tous les usages.

- Consécration tardive -

Pour Joseph Robinette Biden Jr., "lion de l'histoire américaine" selon les termes de Barack Obama, la consécration suprême sera arrivée tard, à l'issue d'une riche vie en politique jalonnée de tragédies.

Les drames personnels qu'il a traversés ont façonné cet homme au ton chaleureux. Ses douleurs et ses doutes, qu'il n'hésite pas à partager en public sur le ton de la confidence, font partie intégrante de son personnage.

Après avoir échoué en 1988 et 2008, puis hésité en 2016, celui qui a débuté sa carrière politique nationale au Sénat il y a près d'un demi-siècle - et connaît le fonctionnement de Washington sur le bout des doigts - obtient enfin les clés de la Maison Blanche.

A la faveur d'une campagne inédite, le démocrate a pris l'avantage sur l'ancien homme d'affaires en se contentant d'apparitions limitées et en faisant à l'Amérique une promesse de calme.

"Nous pouvons mettre fin à cette présidence qui, depuis le début, a cherché à nous diviser, à nous déchirer", martelait-il dans les dernières heures de la campagne.

Ce dernier sera le président le plus âgé de l'histoire des Etats-Unis au début de son mandat.

Dans un contraste saisissant avec l'énergie déployée sur les estrades de campagne par Donald Trump, celui que le président a affublé du surnom moqueur de "Joe l'endormi" a parfois donné l'image d'un homme frêle, fragile.

En fin stratège, il a réussi son pari en remportant la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, trois Etats industriels traditionnellement démocrates que Donald Trump avait arrachés à Hillary Clinton en 2016.

Mais dans une Amérique profondément divisée, et face à un Sénat qui pourrait rester aux mains des républicains, il devra trouver le ton juste.

Au total, malgré la pandémie, la participation a atteint un niveau record dans l'ère moderne: autour de 66% des électeurs ont voté, selon le US Elections Project. Joe Biden a obtenu plus de 74 millions de voix, contre 70 millions pour Donald Trump.

- L'ombre de la pandémie -

Pour Donald Trump, entré avec fracas en politique en remportant la présidentielle en 2016 à la stupéfaction générale, cette défaite marque selon toute vraisemblance la fin de sa carrière politique.

Pour un homme qui martèle quotidiennement son souci de "gagner, gagner, gagner" et moque sans relâche les "losers", la claque est rude.

Si la vague démocrate annoncée par certains n'a pas eu lieu, et s'il a montré qu'il disposait d'un très solide socle d'électeurs, son refus obstiné d'élargir son audience a fini par lui coûter cher.

Sa gestion de la pandémie, qu'il a sans cesse minimisée en dépit d'un lourd bilan de plus de 236.000 morts, lui a valu de vives critiques, jusque dans son propre camp.

Le fait qu'il ait lui-même été touché par le Covid-19 lui offrait une occasion inespérée de changer de ton dans la toute dernière ligne droite. De faire enfin preuve d'empathie, de trouver les mots pour dire l'angoisse que suscite ce virus. Il ne l'a pas saisie.

Cette défaite étroite aurait aussi pu lui permettre de quitter le pouvoir en revendiquant une forme d'héritage politique.

Très amer, il a cependant choisi une autre voie, agressive. Ces derniers jours, il n'a cessé de crier à la fraude, sans apporter le moindre élément concret.

"Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l'élection", a-t-il lancé jeudi dans une tirade brouillonne, truffée de contre-vérités sur le décompte en cours.

Ses avocats ont lancé de multiples actions judiciaires.

Les démocrates estiment ces plaintes sans fondement, mais ces recours pourraient retarder de plusieurs jours ou semaines l'homologation des résultats.

- Trump isolé dans son camp -

Mais le 45e président des Etats-Unis apparaît isolé au sein de son propre parti dans sa croisade contre un "vol" du scrutin dont il aurait été la victime.

Au-delà de Donald Jr et Eric, deux de ses fils, lancés depuis plusieurs jours dans une campagne de désinformation évoquant des tricheries massives, peu de figures de premier plan le soutenaient.

Le sénateur et ex-candidat à la présidentielle américaine Mitt Romney a été le premier poids lourd républicain à féliciter Joe Biden et Kamala Harris, des personnes "de bonne volonté et de caractère admirable".

Avant même l'annonce des résultats, Karl Rove, ancienne éminence grise de George W. Bush qui arracha lui-même la présidence en 2000 à l'issue d'une guérilla judiciaire en Floride, avait estimé que des fraudes sur des centaines de milliers de bulletins de vote, dans de multiples Etats, supposeraient un complot digne d'un film de James Bond.

Joe Biden devait s'exprimer à 20H00 (01H00 GMT dimanche) depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware.