Pour leur début de campagne ensemble, le candidat démocrate Joe Biden et sa colistière Kamala Harris ont reçu jeudi un briefing sur le Covid-19 d'experts et d'économistes, affichant leur volonté de combattre Donald Trump sur le terrain de la gestion de cette crise sanitaire et économique majeure.

Installés à bonne distance l'un de l'autre, les démocrates ont été informés via visioconférence par des experts en santé publique à Wilmington, Delaware, la ville où réside Joe Biden.

L'ancien vice-président américain a expliqué qu'il recevait déjà ses briefings d'"entre une heure et une heure et demi" auparavant mais qu'avec sa colistière, il passerait à un rythme de quatre par semaine.

"Maintenant avec la sénatrice, nous allons creuser" le sujet, a-t-il déclaré aux journalistes.

Kamala Harris, sénatrice de Californie de 55 ans, a ajouté qu'il devrait "revenir aux professionnels de la santé publique de mener la politique de notre pays pour s'attaquer à cette pandémie meurtrière".

Sans le nommer, l'allusion au président républicain était évidente.

Dès son premier discours de candidate à la vice-présidence des Etats-Unis, mercredi, elle avait en effet employé son ton d'ex-procureure pour déclarer le dossier contre Donald Trump "ouvert puis classé" dans sa gestion de la crise.

Avec plus de 166.000 morts et cinq millions de cas, le pays est le plus touché au monde. La pandémie de nouveau coronavirus a mis l'économie à genoux et bouleversé la campagne pour l'élection présidentielle du 3 novembre.

"Ce virus a frappé presque tous les pays", a admis Kamala Harris, première colistière noire et d'origine indienne choisie par un grand parti aux Etats-Unis.

"Mais il y a une raison pour laquelle il a frappé plus durement l'Amérique que toute autre nation développée: c'est à cause de l'échec de Donald Trump à le prendre au sérieux depuis le début. Son refus de lancer le dépistage, ses revirements sur la distanciation physique et le port du masque. Sa croyance délirante qu'il en sait plus que les experts", a-t-elle énuméré.

"Tout cela explique pourquoi un Américain meurt du Covid-19 toutes les 80 secondes", a-t-elle conclu.

Dès l'annonce mardi qu'elle rejoignait Joe Biden pour l'affronter dans les urnes, Donald Trump a eu des mots durs pour la sénatrice et ex-candidate à la primaire démocrate, rappelant à l'envi qu'elle avait dû abandonner la course avant même le premier scrutin.

Kamala Harris est "une sorte de femme folle", a encore déclaré le président des Etats-Unis jeudi sur la chaîne Fox Business.

Quant au nouveau coronavirus, "il va disparaître", a-t-il répété. "Ils crient +comment pouvez-vous dire cela?+", a reconnu Donald Trump. "Je réponds, +parce qu'il va disparaître+".

- 26 millions de dollars en 24h -

Le nouveau tandem part avec un avantage: Joe Biden, 77 ans, devance Donald Trump, 74 ans, dans la moyenne des sondages nationaux (entre 6 et 9 points de pourcentage ces 30 derniers jours, selon la moyenne du site RealClearPolitics) mais aussi, plus proche de la marge d'erreur, dans plusieurs Etats-clés.

Le duo Biden-Harris a en tout cas déjà électrisé les donateurs: le candidat démocrate a annoncé mercredi soir avoir levé 26 millions de dollars en 24 heures.

Elue deux fois procureure à San Francisco (2004-2011) puis à deux reprises procureure générale de Californie (2011-2017), Kamala Harris est critiquée par certains progressistes pour avoir eu des positions trop dures à cette époque.

Elle fut la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l'Etat le plus peuplé du pays.

En janvier 2017, elle avait prêté serment au Sénat à Washington, s'inscrivant comme la première femme d'origine sud-asiatique et seulement la seconde sénatrice noire dans l'histoire américaine.

Alors qu'il avait promis de choisir une femme pour colistière, Joe Biden faisait face à une pression accrue pour choisir une candidate noire depuis la mort de George Floyd, fin mai.

Lors de la présentation officielle de sa colistière, mercredi, l'ancien vice-président de Barack Obama a évoqué "les petites filles de couleur qui se sentent si souvent oubliées et sous-estimées".

Mais, a-t-il ajouté, "aujourd'hui, peut-être, se voient-elles différemment pour la première fois: avec l'étoffe d'un président ou d'un vice-président".