Signal fort de renouveau de la relation transatlantique, le président américain Joe Biden participe jeudi, en invité vedette, au sommet par visioconférence de l'Union européenne, qui sera dominé par les difficultés d'approvisionnement en vaccins contre le Covid-19.

"Accélérer la production, les livraisons et le déploiement des vaccins reste essentiel et urgent pour surmonter la crise. Les efforts en ce sens doivent être intensifiés", affirment les dirigeants des 27 Etats membres dans un projet de conclusions consulté par l'AFP.

La réunion, qui débutera à 13HOO (12H00 GMT), doit aborder la lenteur des campagnes vaccinales en Europe et les problèmes de livraisons d'AstraZeneca, qui nourrissent les frustrations au sein du bloc alors que les restrictions imposées à la population se durcissent et sont de moins en moins bien acceptées.

Le président du Conseil Charles Michel a dû renoncer à organiser le sommet en présentiel, en raison de la détérioration de la situation sanitaire.

- Manque d'ambition -

Pour la première participation d'un président américain à un sommet européen depuis Barack Obama en 2009, Joe Biden sera en liaison avec les leaders européens à 20H45 (19H45 GMT).

La conversation s'annonce courte mais sera l'occasion pour le président démocrate et l'UE de marquer leur volonté de revitaliser les relations après les années Trump.

Sur le front des vaccins, l'UE a entamé des discussions avec les Etats-Unis pour garantir son approvisionnement en composants et "les communications passent parfaitement", se réjouit un responsable européen.

Le président français Emmanuel Macron a rendu hommage à l'efficacité de la stratégie vaccinale américaine, mercredi dans une interview à la télévision grecque, en reconnaissant que l'UE avait été trop lente.

"Les Américains ont eu un mérite dès l'été 2020, ils ont dit: +on met le paquet et on y va+. Et donc ils ont plus (de vaccins). Ils ont eu plus d'ambition que nous", a-t-il déclaré. Les Européens ont "eu tort de manquer d'ambition, j'allais dire de folie, de dire: +c'est possible et on y va+. On est trop rationnel peut-être".

Pour améliorer l'accès aux vaccins, Bruxelles a renforcé un mécanisme inauguré en janvier pour en contrôler les exportations. La démarche a suscité les critiques de Londres, premier destinataire des doses exportées par le continent, mais les deux parties ont affiché mercredi soir leur volonté de trouver une solution.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE soulignent "l'importance de la transparence et de l'utilisation des autorisations d'exportation", dans leurs conclusions.

Le dispositif permet d'empêcher des exportations à destination de pays eux-mêmes producteurs de vaccins, composants ou équipements, et qui ne livrent pas l'Union européenne. Les exportations pourraient aussi être bloquées vers les pays dont la population est déjà largement vaccinée ou qui bénéficient d'une meilleure situation épidémiologique.

Au sein de l'UE, si certains comme la France soutiennent ce mécanisme qui permet à l'Europe de "défendre ses intérêts", d'autres se montrent plus critiques. Dublin a exprimé sa ferme opposition à tout "blocage". La Belgique, qui accueille de nombreux sites de production pharmaceutique, s'inquiète de possibles mesures de rétorsion qui perturberaient les chaînes de production de vaccins internationales. Une préoccupation partagée par les Pays-Bas et l'Allemagne.

- Sauver le tourisme estival -

"Il faut faire très attention avec des décisions d'interdiction d'exportations en particulier quand elles concernent des entreprises qui remplissent leurs contrats", prévient un diplomate européen. Parmi les quatre fabricants de vaccins autorisés dans l'UE, seul AstraZeneca est actuellement la cible des griefs des Européens pour ses livraisons insuffisantes.

Autre question sensible, la répartition des vaccins au sein des 27: six pays, dont l'Autriche, qui s'estiment lésés, ont demandé un mécanisme de correction du système actuel.

Des discussions sont en cours au niveau des experts pour trouver une solution pour aider ces pays, mais la question ne devrait pas être réglée lors du sommet, selon des sources diplomatiques.

Le certificat sanitaire proposé par la Commission pour faciliter les voyages dans l'UE et sauver la saison touristique estivale sera aussi abordé.

Au chapitre des affaires internationales, le sujet de la Russie ne sera que brièvement discuté. Et concernant les relations avec Ankara, les Européens ont différé au mois de juin leurs décisions, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Si les deux parties souhaitent une normalisation des relations après des mois de tensions en Méditerranée orientale, l'UE s'inquiète de la détérioration des droits fondamentaux dans ce pays, qui a récemment quitté la convention d'Istanbul sur la lutte contre les violences faites aux femmes.

Le sommet, prévu sur deux jours, pourrait s'achever tôt vendredi, voire jeudi soir.