Donald Trump, objet d'un procès en destitution infamant, se préparait mercredi à obtenir un acquittement retentissant au Sénat américain, épilogue annoncé d'une procédure qui a divisé l'Amérique sans faire vaciller sa base électorale.

Sa mise en accusation pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès restera une tache indélébile sur son mandat, puisqu'avant lui seuls deux présidents américains (Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998) ont vécu une telle avanie.

Mais son procès a montré qu'il pouvait compter sur un parti républicain aux ordres, un atout de taille à neuf mois d'une élection où il briguera un deuxième mandat.

Le suspense est quasi-nul: la Constitution des Etats-Unis impose une majorité des deux tiers (67 sièges sur 100) pour le déclarer coupable et le milliardaire sait pouvoir compter sur le soutien sans faille d'au moins 52 des 53 sénateurs républicains.

Le vote aura lieu à 16H00 (21H00 GMT), mais la guerre de communication est déjà engagée sur les leçons à tirer de cette procédure exceptionnelle. "Donald Trump sera acquitté pour toujours", a anticipé sa conseillère Kellyanne Conway, en réponse aux démocrates pour qui le président restera "pour toujours mis en accusation".

L'opposition réclame la destitution du 45e président des Etats-Unis pour avoir essayé de forcer l'Ukraine à "salir" son possible adversaire à la présidentielle Joe Biden, notamment en gelant une aide militaire cruciale pour ce pays en guerre.

Depuis que le scandale a éclaté, l'hôte de la Maison Blanche se dit victime d'une chasse aux sorcières orchestrée par ses adversaires qui n'auraient pas digéré sa victoire-surprise de 2016.

- 49% d'opinions favorables -

La stratégie semble avoir, au moins en partie, porté ses fruits.

Donald Trump traverse, de fait, une période plutôt favorable: selon le dernier sondage de l'institut Gallup, il enregistre 49% d'opinions favorables, un record depuis son arrivée au pouvoir.

Cerise sur le gâteau: les primaires de ses adversaires démocrates pour lui désigner un adversaire ont débuté lundi dans l'Iowa par un retentissant fiasco qui lui permet de rester sous la lumière des projecteurs.

Mardi soir, devant le Congrès réuni au grand complet, le milliardaire républicain a vanté ses résultats "incroyables".

Dans l'hémicycle, la tension était palpable. Avant le discours, Donald Trump a ostensiblement évité de serrer la main que lui tendait la chef démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Une fois l'allocution finie, cette dernière a déchiré dans un geste spectaculaire sa copie du discours.

"Contrairement à tant d'autres avant moi, je tiens mes promesses", a lancé Donald Trump, sans cesse coupé par les ovations debout et les "USA, USA" des républicains.

Dans cette même Chambre des représentants qui l'a mis en accusation le 18 décembre, il a brassé tous les thèmes de la campagne à venir pour le scrutin du 3 novembre: la lutte contre l'immigration illégale ou l'avortement, "la grande réussite économique" des Etats-Unis ou sa politique étrangère.

Pour Kellyanne Conway, entre le désastre démocrate dans l'Iowa, ce discours aux accents triomphants et son acquittement annoncé, le président aura réalisé un "tiercé gagnant" en moins de 48 heures.

- Une poignée de modérés -

A aucun moment, l'"impeachment" n'a été évoqué. Le président, que de nombreux républicains invitaient à tourner vite la page, a fait profil bas sur ce point comme son lointain prédécesseur démocrate Bill Clinton lors de son grand discours annuel en 1999.

Mais l'ombre du procès, qui a marqué une rupture définitive entre les trumpistes et les démocrates, planait sur l'hémicycle. Les élus de l'opposition se sont le plus souvent abstenus d'applaudir, certains ont boycotté l'événement, d'autres sont partis au milieu de son discours.

Dans ce contexte de polarisation extrême, les quelques sénateurs modérés qui tentent encore de dresser des ponts entre les deux partis sont les seuls enjeux du verdict.

Donald Trump aimerait pouvoir dire qu'aucun membre de sa majorité n'a fait défection, comme il l'a claironné après le vote dit d'"impeachment" à la Chambre.

Trois sénateurs républicains modérés ont dénoncé la conduite du président mais estimé qu'elle ne méritait pas une destitution. Le seul susceptible de sortir du rang est donc Mitt Romney, l'un des rares élus républicains à critiquer ouvertement le locataire de la Maison Blanche.

Quelques démocrates, comme Kyrsten Sinema ou Joe Manchin, pourraient offrir un cadeau au président en le déclarant non coupable. La première s'est distinguée mardi soir en applaudissant vigoureusement le milliardaire quand son camp le boudait.

Au-delà de Washington, le procès divise autant les Américains que leurs élus: 85% des électeurs démocrates soutiennent la destitution du président, moins de 10% des républicains sont pour, et la moyenne s'établit légèrement en dessous de 50%.

Son impact sur les élections est donc difficile à prédire, mais Donald Trump se dit convaincu que les électeurs pénaliseront les "démocrates-qui-ne-font-rien". Eux estiment avoir démontré pendant le procès qu'il plaçait "ses intérêts au dessus de ceux du pays".