La mobilisation anti-junte se poursuit mercredi en Birmanie avec des foules importantes dans les rues malgré la crainte d'une escalade des violences, le rapporteur de l'ONU ayant été informé de déploiements de troupes dans Rangoun.

Des dizaines de milliers de contestataires se sont rassemblés près de la célèbre pagode Sule dans le centre-ville de la capitale économique, répondant à l'appel à manifester en masse ce mercredi pour exhorter la junte à rendre le pouvoir et demander la libération d'Aung San Suu Kyi.

A pied ou sur des deux-roues, ils ont afflué de plusieurs quartiers de la ville, arborant des pancartes: "Combat pour la démocratie", "rejetez le coup d'Etat", "respectez la loi!".

"Aujourd'hui, nous devons nous battre jusqu'au bout, montrer notre unité et notre force pour mettre fin au régime militaire. Les gens doivent sortir dans la rue", a déclaré à l'AFP un étudiant de 21 ans.

Pour tenter d'empêcher les forces de sécurité de se déployer, des contestataires ont bloqué plusieurs axes avec des voitures et des poids-lourds, prétendant qu'ils étaient tombés en panne.

Pour le moment, aucune présence significative de militaires et de véhicules blindés n'était visible.

Mais le rapporteur des Nations Unies Tom Andrews craint un regain de violences après avoir été informé de l'envoi de soldats "depuis des régions périphériques vers Rangoun".

- "Terrifié" -

"Dans le passé, de tels mouvements de troupes ont précédé des meurtres, des disparitions et des détentions à grande échelle", a mis en garde M. Andrews, se disant "terrifié".

A Naypyidaw, la capitale administrative où est assignée à résidence Aung San Suu Kyi, des fonctionnaires, agriculteurs et des jeunes défilaient en nombre aux cris de: "Aidez-nous à sauver la Birmanie".

Interdiction des rassemblements, coupures internet, interpellations nocturnes, renforcement de l'arsenal législatif: les militaires n'ont cessé de durcir le ton depuis leur coup d'Etat du 1er février qui a mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans.

La peur des représailles est dans tous les esprits dans le pays où les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 ont été réprimés dans le sang par les militaires.

Plusieurs manifestations ont déjà donné lieu à de fortes tensions ces derniers jours. Les forces de l'ordre ont tiré à plusieurs reprises, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc ou avec des lance-pierres, faisant plusieurs blessés.

Une jeune femme de 20 ans qui a reçu la semaine dernière un tir dans la tête - probablement à balles réelles - est en état de mort cérébrale.

Et un policier est décédé mardi des suites de blessures occasionnées lors d'un rassemblement à Mandalay (centre), a affirmé la junte qui qualifie les rassemblements de "violents" et brandit de manière répétée la menace de "sanctions".

Malgré cela, les appels à la désobéissance civile se poursuivent avec des médecins, enseignants, contrôleurs aériens, cheminots en grève contre le putsch. Ces grévistes sont particulièrement ciblés lors des arrestations.

- Centaines d'interpellations -

Plus de 450 personnes - responsables politiques, fonctionnaires, militants, étudiants - ont été arrêtées depuis le 1er février, d'après une ONG d'assistance aux prisonniers politiques. 417 sont toujours en détention. Des rapports non confirmés font état d'interpellations supplémentaires.

Déjà poursuivie pour avoir enfreint une obscure règle commerciale en important "illégalement" des talkie-walkies, Aung San Suu Kyi, 75 ans, fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé "la loi sur la gestion des catastrophes naturelles", d'après son avocat qui n'a toujours pas pu entrer en contact avec elle. Elle est "en bonne santé" selon la junte, qui assure la maintenir assignée à résidence pour sa sécurité.

Les connexions internet ont été de nouveau presque totalement coupées dans la nuit de mardi à mercredi, avant d'être restaurées dans la matinée.

La junte a aussi renforcé l'arsenal répressif: les perquisitions sans mandat et les placements en détention pour une courte période sans le feu vert d'un juge sont autorisés. Une loi très liberticide sur la cybersécurité est également en train d'être mise en oeuvre.

Les généraux font la sourde oreille face aux multiples condamnations internationales et aux sanctions annoncées par Washington.

Ils disposent jusqu'à présent de deux soutiens de taille à l'ONU, la Chine et la Russie, pour qui la crise actuelle constitue "une affaire intérieure" birmane.

"Nous n'avons pas été informés à l'avance du changement politique" qui s'est produit en Birmanie, a assuré Chen Hai, ambassadeur de Chine à Rangoun tandis que des manifestants accusent Pékin d'apporter son soutien aux militaires.

La situation actuelle "n'est absolument pas ce que la Chine veut voir", a ajouté l'ambassadeur, dont le pays a d'importants projets et investissements en Birmanie.

Washington a de nouveau appelé l'armée à libérer les détenus et à "rétablir le gouvernement démocratiquement élu".

Le chef de la junte Min Aung Hlaing a justifié son coup d'Etat en faisant état de fraudes aux législatives de novembre, largement remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi (la Ligue nationale pour la démocratie). Il a promis de nouvelles élections à la fin de l'état d'urgence d'un an.

Min Aung Hlaing est un paria au plan international depuis les exactions commises contre les musulmans rohingyas en 2017.