Des pirates informatiques ont attaqué jeudi des sites internet gouvernementaux en Birmanie, en réponse à la junte qui a imposé un blocus nocturne de l'internet et multiplie les arrestations.

Un groupe appelé "Les Hackers de Birmanie" a ciblé plusieurs sites gouvernementaux, dont la Banque centrale, la page de propagande de l'armée birmane, la chaîne de télévision d'Etat MRTV, l'autorité portuaire et l'agence de sécurité sanitaire et alimentaire.

Cette action intervient au lendemain d'une manifestation massive à laquelle ont pris part des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays, en opposition au coup d'Etat militaire qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi au début du mois.

"Nous nous battons pour la justice en Birmanie", a déclaré le groupe de pirates informatiques sur sa page Facebook. "C'est comme une manifestation de masse devant les sites web du gouvernement."

A Rangoun, des automobilistes, ont bloqué jeudi, pour le deuxième jour, le trafic pour tenter d'empêcher les forces de sécurité de se déployer.

Des bus et des voitures étaient arrêtés autour d'un pont du quartier de Dagon Nord jeudi matin, selon des images retransmises en direct, tandis que des manifestants criaient : "N'allez pas au bureau. Rejoignez le mouvement de désobéissance civile".

"Nous avons rassemblé cinq taxis et l'un d'entre nous a fait semblant d'être en panne et a bloqué la rue. Les autres l'entouraient. Mais nous ne sommes pas restés longtemps", a indiqué à l'AFP un chauffeur de taxi de 30 ans.

- Des centaines d'interpellations -

Dans la deuxième ville birmane, Mandalay (centre), la police et l'armée ont dispersé des manifestants qui avaient bloqué le trafic ferroviaire mercredi soir, ont indiqué des témoins. Selon un membre des services de secours, les forces de sécurité ont ouvert le feu, mais il n'a pu préciser s'il s'agissait de balles en caoutchouc ou de balles réelles.

Quatre conducteurs de train ont été arrêtés sous la menace d'armes à feu dans cette ville, selon l'Association d'assistance des prisonniers politiques (AAPP), basée à Rangoun.

Cette association a fait état de plus de 500 arrestation depuis le coup militaire le 1er février.

Tôt jeudi matin, 11 collaborateurs du ministère des Affaires étrangères ont été arrêtés pour avoir participé au mouvement de protestation, a indiqué une source du ministère à l'AFP.

Sous couvert de l'anonymat, un policier a fait état d'au moins une cinquantaine de fonctionnaires interpellés au cours des quatre derniers jours.

La chaîne de télévision publique MRTV a aussi annoncé des mandats d'arrêts visant plusieurs acteurs, cinéastes et un chanteur, accusés d'avoir mis leur popularité au service du mouvement.

Les militaires n'ont cessé de durcir le ton depuis leur coup d'Etat qui a mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans.

- Trafic internet réduit -

Le pays a ainsi été placé mercredi soir sous une sorte de couvre-feu sur internet pour la quatrième nuit consécutive, avec une capacité de trafic réduite à 21% du niveau habituel, selon NetBlocks, un observatoire des restrictions d'internet basé en Grande-Bretagne.

La peur des représailles est dans tous les esprits dans un pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Les forces de l'ordre ont tiré à plusieurs reprises, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc ou avec des lance-pierres, faisant plusieurs blessés.

Une jeune femme de 20 ans qui a reçu la semaine dernière un tir dans la tête, probablement à balle réelle, est en état de mort cérébrale.

Un policier est décédé mardi des suites de blessures occasionnées lors d'un rassemblement à Mandalay.

Malgré cela, les appels à la désobéissance civile se poursuivent avec des médecins, enseignants, contrôleurs aériens et cheminots en grève, particulièrement ciblés lors des arrestations.

A Naypyidaw, la capitale administrative, l'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, 75 ans, est assignée à résidence.

Déjà poursuivie pour avoir enfreint une obscure règle commerciale en important "illégalement" des talkie-walkies, elle fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé "la loi sur la gestion des catastrophes naturelles", d'après son avocat qui n'a toujours pas pu entrer en contact avec elle. Une audience est prévue le 1er mars.

Les généraux font la sourde oreille face aux multiples condamnations internationales et aux sanctions annoncées par Washington.

Ils disposent jusqu'à présent de deux soutiens de taille à l'ONU, la Chine et la Russie, pour qui la crise actuelle constitue "une affaire intérieure" birmane.

Le chef de la junte Min Aung Hlaing a justifié son coup d'Etat en faisant état de fraudes aux législatives de novembre, largement remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie.

Min Aung Hlaing est un paria au plan international depuis les exactions commises contre les musulmans rohingyas en 2017.