Au moins quatre manifestants ont été tués samedi dans la répression de nouvelles manifestations pro-démocratie en Birmanie, où l'armée s'est livrée à une démonstration de force, faisant défiler un impressionnant arsenal dans la capitale Naypyidaw.

La Birmanie est traversée par une grave crise depuis que la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a été évincée du pouvoir par un coup d'Etat militaire le 1er février.

Les militants pro-démocratie avaient appelé à une nouvelle série de manifestations samedi, jour où l'armée organise tous les ans un gigantesque défilé militaire dans la capitale Naypyidaw, devant le chef de l'armée désormais chef de la junte au pouvoir, le général Min Aung Hlaing.

Aux premières heures du jour, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hélicoptères se sont succédé sur une immense esplanade où était réuni un parterre de généraux et leurs invités, parmi lesquels des délégations russe et chinoise.

Le général Min Aung Hlaing a de nouveau défendu l'organisation du coup d'Etat en raison de la fraude électorale présumée lors des élections de novembre, remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi, et a juré qu'un "transfert de responsabilité de l'État" se produirait après des élections.

"Le Tatmadaw (l'armée birmane, ndlr) recherche l'engagement de toute la nation", a-t-il déclaré dans un discours, ajoutant que les actes de "terrorisme qui peuvent nuire à la tranquillité et à la sécurité de l'Etat" sont inacceptables. "La démocratie que nous souhaitons serait une démocratie indisciplinée si la loi était violée et n'était pas respectée".

Avant l'aube, les forces de sécurité avaient déjà réprimé les manifestants à Rangoun, la capitale économique du pays, tandis que la police et les soldats ont ouvert le feu sur un rassemblement d'étudiants à Lashio, dans l'Etat de Shan (nord-est).

"Les gens n'avaient pas commencé à manifester, aucun slogan n'avait été prononcé. L'armée et la police sont arrivées et leur on tiré dessus à balles réelles sans lancer aucun avertissement", a raconté à l'AFP Mai Kaung Saing, un journaliste local.

Un sauveteur a confirmé qu'au moins trois manifestants étaient morts - corroborant les informations des médias locaux - mais son équipe n'a pas été en mesure de retirer les corps.

"Nos sauveteurs ont essayé de les faire sortir lorsqu'ils ont été abattus, mais il y a eu tellement de tirs.", a-t-il déclaré.

À la mi-journée, des violences avaient éclaté dans plusieurs endroits du pays.

A Rangoun, des panaches de fumée se sont élevés au-dessus de la ville, qui est devenue un point chaud pour les troubles ces dernières semaines.

Un rassemblement avant l'aube - où les manifestants portaient des casques de vélo et étaient protégés par des barricades de sacs de sable - a dégénéré lorsque les soldats ont commencé à tirer sur des manifestants.

"L'un d'eux a reçu une balle dans la tête et est mort à l'hôpital", a déclaré à l'AFP un manifestant sur les lieux, ajoutant que les forces de sécurité parcouraient toujours la zone et tiraient sans discernement.

- "Ne mourez pas en vain" -

Le Comité représentant Pyidaungsu Hluttaw (CRPH), un groupe de parlementaires évincés travaillant dans la clandestinité contre la junte, a condamné la démonstration de puissance après sept semaines sanglantes.

"Nous ne devons pas laisser ces généraux permettre des célébrations après avoir tué nos frères et sœurs", a déclaré son envoyé spécial aux Nations Unies, surnommé le Dr Sasa.

S'exprimant lors d'un live Facebook qui a été suivi par la diaspora birmane dans me monde entier, son discours a suscité plus de 20.000 réactions.

"Ils sont l'ennemi de la démocratie". Nous ne nous rendrons jamais (...) tant que la liberté ne sera pas acquise à notre peuple" a déclaré Sasa.

Les forces de sécurité ont réprimé avec une force de plus en plus meurtrière les manifestations contre le coup d'Etat ces dernières semaines, utilisant des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles réelles pour interrompre les rassemblements.

Vendredi soir, la télévision d'Etat a diffusé un message appelant les jeunes à cesser de participer à un "mouvement violent". "Apprenez la leçon de ceux qui sont morts après avoir été touchés à la tête et dans le dos... ne mourez pas en vain", disait le message.

Selon un groupe de défense de prisonniers politiques, 320 personnes ont trouvé la mort dans les troubles depuis le putsch, et plus de 3.000 ont été arrêtées.

Vendredi, la tristement célèbre prison d'Insein à Rangoun a libéré 322 personnes détenues à la suite de manifestations, ce qui s'ajoute aux plus de 600 libérées plus tôt dans la semaine.

Le mouvement de protestation a également inclus des grèves générales et un mouvement de désobéissance civile de la part de fonctionnaires, qui ont entravé le bon fonctionnement de l'Etat.

Cela a exaspéré les autorités, qui ont procédé à des arrestations nocturnes de personnes soupçonnées de soutenir le mouvement.

La brutalité de la répression a entraîné sur la scène internationale une série de condamnations et de sanctions touchant les avoirs de nombreux militaires puissants, dont leur chef, mais la pression diplomatique a eu jusqu'ici peu d'impact.

Le mouvement de désobéissance civile a reçu un soutien inattendu vendredi venu d'un groupe d'universitaires norvégiens qui l'a nominé pour le prix Nobel de la paix.