La Chine a rejeté mercredi toute idée de sanction envers la junte militaire birmane, après un réquisitoire pourtant implacable de l'émissaire de l'ONU pour la Birmanie qui a évoqué un risque "sans précédent" de "guerre civile" et un "bain de sang imminent", en exhortant le Conseil de sécurité à agir.

Des sanctions contre les militaires birmans qui ont renversé Aung San Suu Kyi, "ne feraient qu'aggraver la situation", a affirmé l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. Le représentant de la Chine, premier soutien de la Birmanie, a toutefois appelé à "revenir à une transition démocratique dans ce pays".

Et s'il a évoqué la "violence et les effusions de sang (qui) ne servent les intérêts de personne", et appelé "toutes les parties" à "garder leur calme (et) faire preuve de retenue", il n'a pas assorti ses demandes d'une menace de sanctions, pourtant défendus par d'autres pays comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, inquiets de la situation sur le terrain.

"La cruauté des militaires est trop grave et de nombreuses organisations armées ethniques manifestent clairement leur opposition, renforçant le risque de guerre civile à un niveau sans précédent", a ainsi mis en garde Christine Schraner Burgener, émissaire de l'ONU en Birmanie, lors d'une réunion à huis clos du Conseil de sécurité.

"Un bain de sang est imminent", a-t-elle aussi prévenu, relevant que l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP) avait recensé "536 personnes tuées par la junte" depuis le coup d'Etat militaire du 1er février.

"J'appelle ce Conseil à envisager tous les moyens à sa disposition pour prendre des mesures collectives et faire ce qu'il faut", "afin d'éviter une catastrophe multidimensionnelle au coeur de l'Asie", a-t-elle ajouté lors de cette réunion en urgence demandée par le Royaume-Uni.

- Dissensions internationales -

La réunion du Conseil s'est achevée après deux heures et quart de discussions. Selon des diplomates, la Chine a demandé un délai avant d'adopter une proposition de texte formulée par le Royaume-Uni, renvoyant une décision dans un sens ou un autre à jeudi.

Si les Etats-Unis et le Royaume-Uni viennent d'annoncer une nouvelle salve de sanctions, la Chine et la Russie ont refusé jusqu'à présent de condamner officiellement le putsch.

Profitant de ces dissensions, les généraux poursuivent leur sanglante riposte.

Huit personnes ont été abattues mardi par les forces de sécurité, selon l'AAPP. Des centaines d'autres, détenus au secret, sont portés disparus.

Aung San Suu Kyi, la dirigeante civile renversée et arrêtée il y a deux mois, "paraît en bonne santé", a fait savoir mercredi son avocate Min Min Soe, qui s'est entretenue par vidéoconférence avec sa cliente.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 fait face à de multiples accusations, notamment de corruption.

Âgée de 75 ans, elle n'a toujours pas été autorisée à rencontrer ses défenseurs et l'entretien s'est déroulé en présence de gardes et de policiers, a raconté l'avocate. Une audience est prévue jeudi devant la justice. Un autre de ses avocats, Khin Maung Zaw, a précisé qu'elle devrait être brève et consacrée à des questions administratives.

- Postes de police attaqués -

Les violences ont déclenché la colère parmi la vingtaine de groupes de rebelles constitués sur une base ethnique que compte la Birmanie.

Deux d'entre eux, l'Union nationale karen (KNU) et l'Armée pour l'indépendance kachin (KIA), ont déclenché plusieurs attaques contre les forces de sécurité.

Mercredi, la KIA a pris pour cible un poste de police dans l'Etat Kachin, dans l'extrême nord, d'après un média local.

Et un commissariat a été visé au lance-roquettes la veille dans la région de Bago, au nord-est de Rangoun, la capitale économique, blessant cinq policiers.

La KNU s'était emparée le week-end dernier dans l'Etat Karen voisin d'une base militaire, entraînant des frappes aériennes de l'armée -- les premières en 20 ans dans cette région.

Après ces raids, cette faction a dit "soutenir fermement" le soulèvement populaire contre la junte et être prête à riposter.

Trois autres groupes rebelles ont menacé de reprendre les armes. Un responsable militaire de l'un d'eux, le général Tar Bhone Kya, de l'Armée de libération nationale Ta'ang (TNLA), a expliqué mercredi à l'AFP qu'ils envisageaient de rompre le cessez-le-feu conclu ces dernières années avec certaines factions par l'armée qu'il a accusée de "crimes de guerre".

Dans l'Etat Karen, les raids aériens ont fait plusieurs blessés et quelque 3.000 personnes ont tenté de fuir en Thaïlande. Environ 2.400 sont retournées volontairement dans leur pays et 200 autres ont accepté d'y repartir, selon les autorités thaïlandaises.

Mais des militants karens des droits humains accusent ce royaume de refouler les réfugiés à la frontière, empêchant aussi les organisations humanitaires d'entrer en contact avec eux.

- "Un nouveau gouvernement civil" -

En Birmanie, la résistance se poursuit avec des dizaines de milliers de fonctionnaires et de salariés du privé toujours en grève pour protester contre le régime militaire.

Des contestataires ont défilé sur des deux-roues à Mandalay, dans le centre du pays, avec des pancartes implorant: "Sauvez la Birmanie", "Arrêtez les crimes contre l'humanité".

Mais, craignant les représailles, les manifestants sont peu nombreux par rapport aux centaines de milliers des premières semaines après le coup d'Etat.

Un groupe de députés de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi évincés du Parlement par les putschistes a par ailleurs annoncé mercredi qu'il formerait début avril "un nouveau gouvernement civil".

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