Plus de 500 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'Etat du 1er février en Birmanie où les factions ethniques armées menacent de rejoindre le mouvement de contestation si le bain de sang continue.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir d'urgence mercredi à huis clos, à la demande de Londres. Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a exhorté la communauté internationale à "plus d'unité" et "plus d'engagement" pour faire pression sur la junte.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé une nouvelle salve de sanctions ces derniers jours, mais la Chine et la Russie s'opposent à de telles mesures, refusant jusqu'à présent de condamner officiellement le putsch.

Profitant de ces divisions, les généraux poursuivent la répression meurtrière pour essayer d'en finir avec les manifestations en faveur du rétablissement de la démocratie et les grèves qui secouent la Birmanie depuis qu'ils ont renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

Plus de 500 personnes, dont de nombreux étudiants et des adolescents, sont tombées sous les balles des policiers et des militaires ces deux derniers mois, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L'ONG précise que ce bilan est "probablement beaucoup plus lourd", d'autant que des centaines de Birmans arrêtés sont portés disparus.

Samedi, la journée d'hommage aux forces armées, au moins 107 civils, dont sept mineurs, ont péri.

Mardi, une personne a été tuée à Muse dans l'Etat Shan (nord-est) et une autre à Myitkynia dans l'Etat Kachin (nord), selon des secouristes.

Les contestataires ont de leur côté mis en oeuvre de nouvelles tactiques de résistance.

Ils ont déclenché une "grève des ordures" pour bloquer les carrefours routiers, si bien qu'à Rangoun, la capitale économique, les détritus se sont amoncelés dans les rues, coiffés de petits panneaux clamant : "on a besoin de démocratie", d'après des images diffusées par des médias.

- "Guerre civile" -

Si les forces de sécurité "continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons" par les armes, ont pour leur part averti plusieurs organisations rebelles constituées sur une base ethnique dans un communiqué commun signé notamment par l'Armée d'Arakan (AA), forte de milliers d'hommes et dotée de moyens très importants.

"La situation risque d'évoluer vers une guerre civile totale", a commenté auprès de l'AFP Debbie Stothard, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). "La junte ne veut rien céder et des contestataires, largement pacifiques jusqu'à présent, sont tentés d'appeler à l'aide des factions armées pour se protéger".

Depuis l'indépendance de la Birmanie en 1948, une multitude de groupes ethniques est en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.

L'armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains d'entre eux. Elle avait même retiré mi-mars l'AA de sa liste des organisations terroristes.

Mais, le week-end dernier, la junte a procédé à des frappes aériennes dans le sud-est, ciblant l'une des principales factions armées, l'Union nationale karen (KNU), après que cette dernière s'est emparée d'une base militaire, tuant des soldats.

Il s'agissait des premières attaques de ce type dans cette région en 20 ans.

- Réfugiés refoulés -

Environ 3.000 personnes ont fui les violences dans l'espoir de trouver refuge en Thaïlande voisine, d'après des organisations locales.

"Je n'ai jamais rien vu de tel", a raconté à l'AFP Naw Eh Tah, une adolescente de 18 ans, évoquant les attaques aériennes, après avoir marché dans la jungle et franchi la frontière.

Mais la plupart de ces Birmans sont refoulés, a assuré Hsa Moo, une militante karen des droits humains. Les autorités thaïlandaises "leur ont fait savoir qu'ils devaient rentrer chez eux, qu'il n'y avait plus de combats", a dit cette femme qui a pourtant fait état de nouveaux raids aériens lundi soir.

Le Premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-Cha, a quant à lui assuré qu'il n'y avait "aucun afflux" de réfugiés dans son pays, démentant au passage l'usage d'armes ou de bâtons pour les effrayer.

Des Karens blessés sont allés se faire soigner mardi en Thaïlande, en particulier un garçon de 15 ans touché au poumon.

"La plupart ont été atteints par des éclats (...) beaucoup semblent n'avoir rien mangé depuis des jours", a raconté le docteur Chari Komskorm qui les a accueillis dans le petit l'hôpital de district de Sop Moei.