Plusieurs centaines de policiers et de soldats birmans ont lancé un raid mercredi à Rangoun contre des cheminots grévistes opposés à la junte militaire, qui poursuivait la répression au mépris d'une communauté internationale incapable de se mettre d'accord pour condamner le coup d'Etat.

Le Conseil de sécurité de l'ONU continuait ainsi en milieu de semaine sa recherche d'une position commune. Deux versions successives d'une proposition de texte commun, rédigées par le Royaume-Uni et qui envisageaient une condamnation explicite du putsch et la possibilité de sanctions, ont été rejetées mardi par la Chine, la Russie, l'Inde et le Vietnam.

Profitant de ces atermoiements, les généraux putschistes poursuivaient la répression. Des policiers et des soldats ont été déployés en nombre mercredi autour de l'enceinte où réside le personnel ferroviaire de la gare Ma Hlwa Gone, dans l'est de la capitale économique.

"Ils bloquent les portes (des appartements) et les détruisent pour entrer", a relaté une membre de la famille d'un cheminot, sous couvert d'anonymat par peur des représailles. "J'ai réussi à m'échapper, mais je m'inquiète pour les travailleurs" et leurs proches encore coincés.

Selon elle, quelque 800 employés des chemins de fer dans cette gare sont impliqués dans le mouvement de désobéissance civile.

Médecins, enseignants, employés des compagnies d'électricité, cheminots, de nombreux fonctionnaires ont cessé le travail depuis le coup d’État du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, perturbant la fragile économie birmane.

- Menaces de représailles -

Les principaux syndicats ont appelé à "l'arrêt complet de l'économie" pour tenter de paralyser le pays et d'augmenter la pression sur les militaires.

La junte a ordonné de son côté aux fonctionnaires de reprendre le travail, faute de quoi ils seraient licenciés et s'exposeraient à des représailles.

La Birmanie est en ébullition depuis le putsch, avec des manifestations quotidiennes à travers tout le pays.

Mercredi, la police et l'armée étaient déployées en nombre dans toute la capitale économique, brûlant notamment des barricades de fortune érigées ces derniers jours par les protestataires.

Dans le quartier d'Okkalapa, dans le nord de Rangoun, policiers et militaires ont procédé à "une centaine" d'interpellations, d'après un secouriste. "Certains manifestants ont été battus, il y a des blessés".

"Nous appelons les forces de sécurité à se retirer de la zone, à libérer les détenus et à permettre aux gens de partir en toute sécurité", a déclaré l'ambassade américaine sur Twitter, rapportant que des jeunes étaient encerclés et acculés dans le quartier.

Raids contre des habitations, des hôpitaux, des universités, arrestations en masse, recours à la force létale: la junte semble plus déterminée que jamais à vouloir éteindre le vent de fronde largement pacifique qui souffle sur le pays.

Au moins 60 civils ont été tués et près de 2.000 personnes arrêtées depuis le 1er février, d'après l'Association d’assistance aux prisonniers politiques.

- "Haute trahison" -

Les députés du parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) qui ne reconnaissent pas la légitimité du coup d'État et ont créé un comité pour représenter le gouvernement civil se rendent coupables de "haute trahison", un crime passible de la peine de mort ou de 22 ans de détention, a averti il y a quelques jours la junte.

Deux responsables de la LND sont morts en détention ces derniers jours, très peu de temps après leur interpellation. De nombreux ont été arrêtés, dont trois la nuit dernière. L'ex-président de la République Win Myint et l'ancienne cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi, toujours tenus au secret.

La junte cible aussi les médias indépendants. Plusieurs ont été visés par des raids des forces de sécurité. Une vingtaine de journalistes sont en détention.

Le passage en force des généraux, alléguant de vastes fraudes électorales lors des législatives de novembre remportées massivement par la LND, a mis fin à une décennie de transition démocratique.

Elle suscite des condamnations, à l'étranger, y compris de diplomates birmans, les ambassadeurs à l'ONU et au Royaume-Uni se désolidarisant du régime.

Au contraire, le gouvernement sri lankais a invité le ministre des Affaires étrangères de la junte à participer, début avril, à des pourparlers sur la coopération économique.

Et les militaires contre-attaquent sur le plan de la communication: un lobbyiste israélo-canadien, Ari Ben-Menashe, a été recruté par le régime militaire pour le représenter à l'étranger, "l'aider à expliquer la situation réelle" du pays et faire pression pour obtenir la levée des sanctions.

Il devrait recevoir une somme de deux millions de dollars pour cette mission, selon des documents déposés au ministère américain de la Justice, que l'AFP a pu consulter.