Un manifestant a encore été tué vendredi en Birmanie, dernière victime en date de la répression du mouvement pour la démocratie par la junte, face à laquelle l'émissaire de l'ONU a appelé le Conseil de Sécurité réuni à New York à faire preuve de "fermeté".

Malgré la crainte des représailles, les manifestations se sont poursuivies dans plusieurs villes de Birmanie, dont la deuxième du pays, Mandalay, où des centaines d'ingénieurs se sont rassemblés dans les rues.

Tandis qu'ils scandaient "libérez notre leader !" et "ne servez pas l'armée, partez !", un homme de 26 ans présent à l'une des barricades érigées pour ralentir les forces de sécurité est mort après avoir reçu une balle dans le cou, ont raconté à l'AFP des membres du personnel médical.

Et ce 48 heures après la journée la plus sanglante de la répression, mercredi, quand les forces de sécurité ont tiré sur la foule et au moins 38 personnes ont été tuées, selon l'ONU.

A Rangoun, la capitale économique, le quartier de San Chaung a été comme les jours précédents le théâtre d'un face à face, pour le moment pacifique, avec les forces de l'ordre, les manifestants se retranchant derrière des enchevêtrements de vieux pneus, de sacs de sable et de fil de fer barbelé.

A Bago, au nord-est de Rangoun, un petit groupe a défilé les trois doigts levés en signe de résistance.

- La guerre des images -

Les militaires ont cherché à empêcher les informations sur la répression de circuler, multipliant les coupures nocturnes d'internet et interdisant Facebook, de loin le média le plus populaire en Birmanie.

Mais les flux de vidéos en direct et les images fuitent quotidiennement, tandis que YouTube a annoncé avoir fermé plusieurs chaînes web gérées par l'armée.

Vendredi, de nombreuses régions ont par ailleurs été frappées par des coupures d'électricité, même si on ignorait s'il s'agissait de mesures délibérées, en raison du peu de fiabilité parfois des infrastructures. Plusieurs agences gouvernementales ont attribué ces incidents à une "panne de système".

Les généraux au pouvoir semblent plus déterminés que jamais à éteindre ce vent de fronde soufflant sur la Birmanie depuis le putsch qui a renversé le 1er février le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

Au moins 54 civils ont été tués dans les violences qui ont suivi, selon l'ONU. Parmi eux, quatre mineurs, dont un adolescent de 14 ans, d'après l'ONG Save the Children. On compte aussi des dizaines de blessés.

L'armée a fait état pour sa part de la mort d'un policier. Sollicitée, elle n'a pas répondu aux multiples requêtes de l'AFP.

- Réunion du Conseil de sécurité -

L'émissaire de l'ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a déclaré vendredi au Conseil de sécurité que la "répression devait cesser", sans toutefois aller jusqu'à lui demander des sanctions internationales contre la junte.

"Votre unité est plus que jamais nécessaire sur la Birmanie", a-t-elle ajouté dans son discours pendant une réunion à huis clos de cette instance des Nations unies, d'après des médias.

L'émissaire a rappelé son appel lancé il y a une semaine à la communauté internationale à ne "pas donner de légitimité" au régime militaire.

Aucune déclaration commune du Conseil ne sera diffusée ce vendredi, ont dit à l'AFP des diplomates sous couvert d'anonymat, évoquant cependant des négociations la semaine prochaine sur un projet de texte britannique.

"Nous devons faire preuve de fermeté et d'opportunisme pour pousser à l’arrêt de la violence et au rétablissement des institutions démocratiques en Birmanie", a aussi fait valoir Christine Schraner Burgener.

"Nous n'en sommes pas encore au stade où des sanctions du Conseil de sécurité sont possibles", a souligné un diplomate sous couvert d'anonymat, imaginant mal un consensus actuellement avec la Chine et la Russie, les principaux soutiens de l'armée birmane.