"Bizarre", inédite, hors normes, ou "la plus normale possible": 12,4 millions d'élèves français ont fait mardi leur rentrée, un soulagement pour beaucoup malgré le port du masque à partir du collège, après de longs mois sans école ou presque.

Devant l'école Turgot, dans le quartier populaire de Lille Sud, Sabrina réajuste le pantalon et les chaussures de ses deux enfants. "On est vraiment content qu'ils retournent à l'école. On ne va pas les empêcher d'y aller même s'il y a cette maladie avec nous", lance cette auxiliaire de vie.

De son côté, Khamis, tenant par la main son fils qui entre en CP, se dit "un peu inquiet" mais "content" qu'il retourne à l'école.

"Toutes les écoles, collèges et lycées ouvrent" ce mardi, a assuré le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer sur RMC-BFM TV. Il n'a pas exclu des fermetures de classe ici ou là dans les jours qui viennent mais "pour cette rentrée ce n'est pas le cas", a-t-il dit.

Pour permettre à l'ensemble des élèves français de reprendre les cours malgré l'épidémie de coronavirus, le protocole sanitaire qui régit les écoles a été allégé dès la fin juillet.

- "Un peu particulière"-

Depuis, face à la recrudescence de l'épidémie, des ajustements de taille ont été décidés, notamment le port du masque pour tous les enseignants et tous les élèves à partir du collège.

Lundi dans une vidéo postée sur Instagram, Emmanuel Macron, masqué, a adressé aux élèves ses voeux pour une bonne rentrée "un peu particulière", en leur demandant de respecter le port du masque et les gestes barrières.

Devant le collège Edgar-Quinet, dans le IIIe arrondissement de Marseille, Marie qui entre en sixième est "contente" de retourner en classe après des mois à la maison. "Ça ne me dérange pas de porter le masque, même si c'est un peu bizarre".

Chahda et Larissa, 12 ans, sont arrivées dès 07H45 devant le portail d'entrée du collège. Leur rentrée officielle n'est que jeudi mais elles veulent voir dans quelle cinquième elles vont être. Les deux collégiennes n'étaient plus venues en classe depuis le début du confinement en mars. "Ça fait longtemps que j'attends ça", lance Chahda, masque chirurgical soigneusement placé sur le visage.

Pour cette rentrée, les gestes barrière seront plus que jamais à l'ordre du jour. La distanciation physique devra, elle, être recherchée dans la mesure du possible, mais elle ne sera pas obligatoire.

Cette rentrée inédite est "bien préparée", a affirmé lundi Jean-Michel Blanquer, pour qui elle doit être "la plus normale possible".

Le ministre fera un déplacement dans la matinée dans une école de Chateauroux (Indre) aux côtés du Premier ministre Jean Castex.

Les parents désireux d'accompagner leurs enfants, comme c'est la tradition en maternelle, ont pu le faire en respectant masques et distanciation.

"Je ne m'attendais pas à une queue aussi longue pour déposer ma fille en grande section, mesures contre le covid oblige", témoigne Lucie, maman d'Agathe, dans une école du XIe à Paris. "Mais je suis tout de même ravie d'avoir pu l'emmener dans la cour de l'école, c'est un peu moins violent que de la laisser au portail".

A la cité scolaire Michelet de Vanves au sud de Paris, les troisièmes font leur rentrée de bon matin. Pour Karl, "le masque est un peu gênant pour respirer mais on s'habitue au fil des jours. Ça va être une rentrée bizarre, surtout pour rencontrer les nouveaux profs".

"Je trouve ça efficace mais c'est difficile de le garder tout le temps, on n'arrive pas trop à respirer", juge de son côté Myron.

- Limiter les déplacements -

Les 866.000 enseignants qui ont fait leur prérentrée lundi semblaient partagés entre sérénité et inquiétude.

"Comment réussir à connecter avec les jeunes avec la moitié du visage cachée par un masque ? C'est ce que je redoute le plus dans cette rentrée", confie Julie Siata, jeune professeure d'anglais qui va enseigner cette année dans un nouveau collège à Marseille.

Sur toute une série de sujets, le ministère a édicté des recommandations mais renvoyé les prises de décision aux acteurs locaux, misant sur leur "pragmatisme" et le "bon sens".

Ainsi, les temps de récréation doivent être organisés, si possible, de manière à limiter les croisements entre groupes d'élèves.

A la cantine, les élèves garderont le masque pendant leurs déplacements. Le ministère recommande d'adapter "les plages horaires et le nombre de services".

Si la situation sanitaire se détériore dans certaines zones, le protocole sanitaire pourrait se durcir et obliger à une limitation plus stricte du brassage des élèves ou à une réduction de la taille des classes, voire des fermetures.

En cas de symptômes, des tests seront réalisés pour remonter la chaîne de contamination et prendre des mesures d'isolement, a précisé le ministre.

A Saint-Pierre et Miquelon, après quelques jours d'incertitude, "au vu de la situation sanitaire locale" (aucun cas actif de coronavirus), la rentrée sera bien maintenue au jeudi 3 septembre comme prévu.