Neuf mois après avoir été grièvement brûlé par un liquide corrosif lors d'une manifestation pro-démocratie à Hong Kong, un policier, Ling, dit n'avoir aucun regret et veut continuer à faire appliquer la loi.

L'an dernier, lors des manifestations monstres et parfois violentes qui ont agité le territoire semi-autonome, les forces de l'ordre ont été le bras armé de Pékin.

Sept mois d'affrontements laissent une ville profondément divisée et la haine de la police est palpable au sein d'une partie de la population.

Ses pouvoirs ont été élargis depuis l'entrée en vigueur début juillet de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin, qui vise à écraser définitivement toute opposition.

"Il est indéniable que Hong Kong fait partie de la Chine, il est raisonnable de mettre en place une loi de sécurité nationale sur le territoire chinois", a affirmé Ling lors d'un entretien avec l'AFP qui s'est tenu au siège de la police la semaine précédant la promulgation de la loi.

"Chaque loi est un outil. Si vous décidez de la violer, cela nous oblige à l'appliquer", affirme cet homme de 38 ans, qui utilise un pseudonyme par crainte de représailles de la part de manifestants.

Cette rencontre avec Ling ainsi qu'avec un second policier touché l'an dernier par une flèche a été organisée par la police. Un attaché de presse a assisté à tout l'entretien.

- Marqué dans sa chair -

Quelque 9.000 personnes ont été arrêtées depuis l'an dernier lors d' affrontements ou de manifestations contre la mainmise grandissante de Pékin sur le territoire.

Des associations de défense des droits ont accusé la police anti-émeute d'avoir fait usage d'une force excessive.

Cette dernière a rejeté toutes ces accusations, affirmant avoir fait usage du même niveau de violence que les manifestants.

Ling a payé un lourd tribut et il demeure marqué dans sa chair par de larges cicatrices au niveau du cou et de la poitrine.

Le 1er octobre, il a reçu du liquide corrosif lors d'échauffourées à l'occasion de la fête nationale chinoise.

D'autres personnes, notamment des journalistes, ont également été blessés.

L'uniforme de Ling s'est littéralement dissous sous ses yeux.

La douleur s'est atténuée avec la destruction des terminaisons nerveuses mais le processus de guérison a été insoutenable.

Après avoir a subi cinq interventions chirurgicales, notamment des greffes de peau, il a repris ses fonctions en janvier.

Tout en essayant d'oublier son agresseur, il reconnaît que ce "serait une bonne chose s'il était pris".

La police affirme qu'environ 600 policiers ont été blessés lors des sept mois de manifestations l'an dernier.

La semaine dernière, l'un d'eux a été poignardé à l'épaule au cours d'un des rassemblements contre l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale.

- Incompréhension -

Au moins 2.600 manifestants et passants blessés dans ces troubles ont été traités à l'hôpital. Le véritable chiffre est sûrement plus élevé, beaucoup d'entre eux, craignant d'être arrêtés, ont préféré éviter les centres de soins officiels.

La police, qui se qualifiait autrefois de "meilleure d'Asie", continue de recevoir le soutien inconditionnel du gouvernement local, de Pékin et des personnes opposées au mouvement de contestation.

Cependant, dans de nombreux quartier, les policiers essuient des insultes.

Un sondage, réalisé en mai, par l'Institut de recherche sur l'opinion publique de Hong Kong en mai, fait apparaître que 44% des personnes interrogées sur les performances de la police lui attribuent la note "zéro".

Sam, un policier de 40 ans, père d'un enfant, a été frappé à la jambe par une flèche lors d'un des affrontements les plus intenses, au cours du siège de l'université PolyU en novembre.

"Il y a toujours des manifestations à Hong Kong, mais je n'avais pas imaginé que les choses se termineraient par des scènes aussi violentes", remarque-t-il, en ne donnant à l'AFP que son prénom.

Il se dit politiquement neutre mais reconnaît avoir été déçu de voir certains habitants exprimer une telle haine envers la police.

"Certaines personnes ne nous comprennent pas", regrette le policier.

S'il se dit fier de porter l'uniforme, son cercle d'amis a changé, notamment depuis le Mouvement des Parapluies en 2014.

"Beaucoup se sont éloignés de moi. Ils ont choisi de faire passer leurs opinions politiques et leurs préjugés envers la police avant notre amitié", déplore ce père de famille.

Il préfère donc rester discret sur les réseaux sociaux et comme beaucoup de policiers, il a ouvert un compte sur le réseau social chinois Weibo sur lequel il s'est fait des amis.

"Ils m'ont laissé des messages de soutien, cela m'a fait chaud au coeur".