Jeanine Añez, l'ex-présidente par intérim de la Bolivie arrêtée samedi pour un présumé coup d'Etat contre l'ancien président socialiste Evo Morales, est une ancienne sénatrice de droite propulsée sur le devant de la scène politique à la faveur de la crise post-électorale de 2019.

Quasiment inconnue jusque-là, cette avocate de formation, âgée de 53 ans, s'était proclamée présidente intérimaire du pays andin le 12 novembre 2019, deux jours après la démission de l'ancien chef de l'Etat (2006-2019).

A l'issue de l'élection présidentielle d'octobre 2019, au cours de laquelle Evo Morales briguait un quatrième mandat, et de la confusion qui avait entouré les résultats le donnant vainqueur, l'opposition avait crié à la fraude. Une explosion de violence avait suivi le scrutin, finalement annulé.

Deuxième vice-présidente du Sénat, Mme Añez avait pris ses fonctions, Bible en main et ceinte de l'écharpe présidentielle, à la faveur d'une vacance de pouvoir provoquée par les démissions en chaîne de M. Morales et de ses successeurs constitutionnels. Le Tribunal constitutionnel avait validé son élection.

Le premier chef de l'Etat indigène, alors réfugié au Mexique avant de fuir en Argentine, avait dénoncé "le coup d'Etat le plus astucieux et le plus odieux de l'histoire".

Celle qui était devenue la deuxième femme à la tête du pays depuis Lidia Gueiler (1978-1980) a été arrêtée pour "sédition" et "terrorisme" dans la ville de Trinidad, dans la région de Beni (nord-est) où elle est née le 13 juin 1967 et où elle résidait.

Le gouvernement "m'accuse d'avoir participé à un coup d'Etat qui n'a jamais eu lieu", a-t-elle réagi peu avant son arrestation.

Sénatrice depuis 2010 et militante d'un parti minoritaire, Unidad Democratica (Unité démocratique), elle avait été élue deuxième vice-présidente du Sénat en vertu de la tradition voulant que tous les groupes soient représentés.

Divorcée, mère de deux enfants et titulaire d'une licence de droit, elle a siégé de 2006 à 2008 à l'Assemblée constituante qui a rédigé l'actuelle Constitution.

- Pandémie et candidatures -

A la tête du gouvernement intérimaire de novembre 2019 à novembre 2020, elle avait promis dès sa prise de fonction de convoquer des élections générales "au plus vite" dans un délai de quelques mois, mais le scrutin avait dû être reporté à plusieurs reprises, notamment en raison de la pandémie de coronavirus.

Contre sa promesse, elle avait finalement annoncé sa candidature à la présidentielle en janvier 2020, suscitant des critiques de ses adversaires de gauche, mais aussi de ses propres alliés à droite.

Elle avait fini par renoncer face à des sondages peu favorables qui la plaçaient en quatrième position derrière le candidat de gauche et dauphin de M. Morales, Luis Arce, le centriste Carlos Mesa et le dirigeant régionaliste ultra-conservateur de Santa Cruz (sud-est), Luis Fernando Camacho.

Face à la victoire dès le premier tour du socialiste Luis Arce en octobre 2020, elle avait reconnu la défaite de son camp : "Je félicite les vainqueurs et je leur demande de gouverner en pensant à la Bolivie et à la démocratie", avait-elle déclaré.

Son gouvernement avait également été entaché de plusieurs accusations de corruption dans la gestion de la pandémie. Elle en avait rejeté la faute sur son ministre de la Santé qu'elle avait démis de ses fonctions.

Lors du scrutin local du 7 mars pour élire maires et gouverneurs, elle s'était portée candidate au poste de gouverneur de Beni, mais avait échoué à se faire élire, terminant en troisième position avec 13% des voix.

Très critique de l'ancien président Morales, elle avait toutefois défendu l'usage aux côtés du drapeau national tricolore de la Wiphala, le drapeau andin indigène multicolore que ce dernier avait introduit comme symbole national en 2009.