Le Premier ministre britannique Boris Johnson a promis mardi de nouvelles propositions à Bruxelles sur le Brexit "très bientôt" après des fuites sur les solutions envisagées par Londres pour la frontière irlandaise, qui ont provoqué une levée de boucliers.

Pressé de détailler ses intentions à 30 jours de la date prévue d'une sortie de l'Union européenne qu'il a promis de réaliser coûte que coûte, le chef du gouvernement britannique s'est employé à démentir vouloir installer des postes de douanes sur cette frontière, comme l'affirme un média irlandais.

Il a assuré qu'il sortirait rapidement de son silence sur la manière il compte éviter un Brexit sans accord, aux conséquences potentiellement douloureuses pour l'économie britannique.

"Nous allons faire une très bonne proposition, nous allons la faire formellement très bientôt", a déclaré Boris Johnson à la BBC, depuis Manchester où se tient le congrès annuel du parti conservateur, sa formation politique.

Bruxelles et Londres ne parviennent pas à se mettre d'accord sur des alternatives concrètes au "filet de sécurité", mécanisme visant à éviter le retour d'une frontière en Irlande entre la province britannique du Nord et la république membre de l'Union européenne au sud, après le Brexit.

Selon la chaîne de télévision irlandaise RTE, Londres envisage d'organiser des contrôles douaniers à plusieurs kilomètres de la frontière, dans des centres dédiés. Les biens transportés d'un site vers un autre seraient surveillés en temps réel par téléphone portable ou grâce à des dispositifs de localisation embarqués dans les camions, selon ce plan informel cité par RTE.

- Centres de dédouanement -

Boris Johnson a démenti que son plan incluait des "centres de dédouanement", tout en reconnaissant qu'il devrait y avoir des contrôles si le Royaume-Uni quittait l'union douanière et le marché unique. C'est "simplement la réalité", a-t-il dit.

Interrogé par les députés au Parlement mardi, le secrétaire d'Etat chargé du Brexit, James Duddridge, a assuré que le gouvernement n'avait "aucun projet de contrôles physiques à la frontière".

Il a affirmé que "ces documents techniques n'étaient pas nos propositions finales à la Commission" mais "des documents de travail".

Ces fuites ont été dénoncées comme impliquant le retour d'une frontière.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a estimé devant le Parlement qu'"aucun gouvernement britannique ne devrait chercher à imposer des centres douaniers" entre les deux Irlande "contre la volonté" de leurs peuples. Il s'est ainsi dit "très heureux" que Boris Johnson ait "pris ses distances" par rapport à ces documents.

Interviewée par la BBC, la cheffe du Sinn Fein (parti républicain qui milite pour une Irlande réunifiée), Mary Lou McDonald, a fustigé les propositions ayant fuité dans la presse, estimant que cela "sabotait" le processus de paix en Irlande du Nord.

En 1998, la signature de l'accord du "Vendredi saint" avait mis fin à trois décennies de "troubles" en Irlande du Nord, des violences opposant des républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l'Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique.

L'Irlande redoute une résurgence des violences en cas de réapparition d'une frontière terrestre et de contrôles entre les deux Irlande.

- Plus que deux semaines -

Mardi, Boris Johnson a réaffirmé sa volonté de réaliser le Brexit le 31 octobre, échéance déjà repoussée deux fois, bien que le Parlement ait voté une loi lui imposant de demander un nouveau report s'il n'obtient pas d'accord avec l'UE d'ici le 19 octobre, juste après le prochain sommet européen.

"Il ne nous reste plus que deux semaines et il n'y a pas de solutions crédibles sur la table", a déploré la secrétaire d'Etat irlandaise chargée de l'Europe, Helen McEntee à la RTE.

Boris Johnson a dit travailler "très dur" à l'obtention d'un accord, assurant que des progrès avaient été accomplis. Le dirigeant conservateur a souligné que Londres avait fait une "grosse concession" en acceptant que l'Irlande du Nord et la République d'Irlande suive les mêmes règles en matière d'agro-alimentaire.

Sur les échanges agricoles, "les décisions en matière de règles sanitaires et phytosanitaires continueraient à être prises à Bruxelles sans que le Royaume-Uni n'ait son mot à dire", a-t-il précisé.