Face aux blocages, les négociations post-Brexit entre Londres et Bruxelles pourraient se poursuivre encore jusqu'à mercredi à la veille d'un sommet européen des Vingt-Sept, peut-être l'ultime échéance pour trouver un accord, à moins de 30 jours de la rupture avec le Royaume-Uni.

Lors d'un point sur les pourparlers lundi matin avec des eurodéputés, le négociateur européen Michel Barnier a lui même fixé cette date-limite --sous réserve que les Britanniques ne quittent pas les discussions d'ici là.

Si cette prolongation se confirme, les 27 dirigeants de l'Union européenne pourraient être invités jeudi lors du sommet à Bruxelles à présenter les grandes lignes d'un accord... ou à admettre un échec, exigeant alors la préparation de mesures d'urgence.

"Ces heures vont être décisives pour l'avenir de nos relations avec le Royaume-Uni. Je suppose que nous sommes au moment où ça passe ou ça casse", a estimé un haut diplomate européen.

Après une première journée de discussion dimanche, achevée dans la nuit, Michel Barnier et son homologue britannique David Frost ont repris lundi leurs échanges à Bruxelles. Ils devaient ensuite faire rapport de la situation à leurs patrons respectifs: la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Les deux dirigeants s'entretiendront par téléphone à 16H00 GMT pour un point sur ces deux jours de tractations, jusqu'alors considérés comme un ultime effort pour avancer enfin.

- "Acrobatique" -

Lors d'une rencontre au petit matin avec les ambassadeurs des Vingt-Sept, Michel Barnier n'a cependant pas caché l'absence de progrès sur les trois principaux points de blocage, toujours les mêmes: la pêche, les conditions de concurrence équitable et le futur mécanisme de règlement des conflits.

"On arrive en bout de course, le temps commence à manquer", s'est inquiété un diplomate européen. L'UE "est prête à faire un pas supplémentaire pour décrocher un accord juste, durable et équilibré. C'est au Royaume-Uni de choisir entre ce dénouement positif ou un +no deal+", a-t-il souligné.

Les négociateurs travaillent sous la pression inexorable du calendrier puisqu'un éventuel accord commercial - de plus de 700 pages - devra encore être ratifié par les parlements britannique et européen avant d'entrer en vigueur le 1er janvier.

"Cela devient de plus en plus acrobatique (...) Ca va devenir intenable dans les jours qui viennent", a affirmé à l'AFP l'eurodéputée Nathalie Loiseau. "Si les esprits ne sont pas prêts, revoyons-nous l'an prochain", a-t-elle ajouté.

Un porte-parole de Boris Johnson a cependant rejeté l'éventualité de continuer à négocier en 2021.

Il faudra aussi compter avec l'extrême vigilance des Etats membres qui espèrent un accord, mais s’inquiètent de concessions trop importantes aux Britanniques, certains, comme la France, menaçant d'un veto en cas d'accord non satisfaisant.

- "Phase décisive" -

Le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays occupe actuellement la présidence de l'Union, a admis que les négociations avaient atteint leur "phase décisive".

L'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, un sujet qui ne semble toujours pas avoir progressé, reste hypersensible pour certains Etats membres, France et Pays-Bas en tête.

Sur les conditions de concurrence équitable, destinées à garantir une convergence en matière d'aides publiques, de normes sociales ou environnementales, la difficulté est de trouver un mécanisme qui respecte la souveraineté retrouvée de Londres tout en protégeant les intérêts européens.

Ajoutant encore à la tension, le parlement britannique examine lundi un très controversé projet de loi remettant en cause certains engagements pris par le Royaume-Uni dans le traité actant son divorce avec l'UE le 31 janvier 2020, notamment sur l'Irlande du Nord -- de quoi exacerber la défiance des Européens.

Depuis son départ officiel de l'UE, le Royaume-Uni continue d'appliquer les règles européennes. Ce n'est qu'à la fin de cette période de transition, le 31 décembre, qu'interviendra sa sortie du marché unique et de l'union douanière.

Faute d'accord, les échanges entre Londres et l'UE se feront dès le 1er janvier selon les seules règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas, au risque d'un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par le coronavirus.

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