Brochettes et bottes de paille: les candidats à la Maison Blanche dans l'Iowa

Publié le à Des Moines (Etats-Unis) (AFP)

Concours du cri de cochon, chapeaux de cowboy et candidats à la Maison Blanche perchés sur une tribune décorée de bottes de paille: la grande foire régionale de l'Iowa est un passage obligé dans la longue course à la présidentielle américaine.

Sous un soleil de plomb, plus d'une vingtaine de prétendants à la Maison Blanche vont se succéder ici pendant 11 jours pour tenter de convaincre les électeurs dans ce petit Etat au poids surdimensionné dans les élections américaines, car il est le premier à voter lors des primaires.

Organisée tous les ans à Des Moines, capitale de cet Etat rural du nord des Etats-Unis, la grande foire régionale devrait attirer plus d'un million de visiteurs, en partie alléchés par ses nombreuses spécialités culinaires, souvent plantées sur une brochette: beignets de hot-dog, biscuits Oreo frits ou gros pilons de dinde.

Baromètre crucial de la viabilité d'un candidat, elle marque une étape obligée pour les candidats comme Joe Biden, favori dans les sondages pour l'investiture démocrate, qui est passé dès jeudi.

"Tout le monde vient à la foire", explique à l'AFP John Gahring un élu de l'Iowa. Elle "marque de fait le signal de départ pour que les candidats se préparent aux +caucus+ de l'Iowa", premiers votes des primaires qui se tiendront le 3 février 2020, neuf mois avant l'élection.

Les candidats à la présidentielle y trouvent l'occasion d'affûter leur message de campagne devant des électeurs attentifs et participent aussi aux traditions hautes en couleurs, et saveurs, de cet événement.

Jouant en plein la carte locale, le petit candidat démocrate John Hickenlooper ne se contentera pas samedi de monter à la tribune mais ira aussi admirer une vache sculptée dans du beurre, un autre classique de la foire, servira des bières pression et fera des grillades pour les visiteurs.

Mais pas question ici de feindre l'intérêt:

"On sait détecter un imposteur à des kilomètres à la ronde", prévient Bekah Hall, une étudiante de 23 ans de l'université de l'Iowa.

"Je n'ai pas besoin qu'Elizabeth Warren mette des bottes de cowboy juste parce qu'elle vient à la foire", renchérit Kerry Waughtal, 50 ans, originaire de Des Moines, à propos de la sénatrice progressiste à la deuxième place des sondages de la primaire démocrate, à égalité avec Bernie Sanders, qui montera aussi à la tribune samedi.

- Influence parfois décisive -

Fondée il y a 165 ans, la foire régionale de l'Iowa (Iowa State Fair) est devenue une étape obligée des campagnes présidentielles américaines dans les années 1950, lorsque Dwight Eisenhower, 34e président des Etats-Unis, s'y est rendu pour un discours.

Les performance des candidats ici ont parfois influencé de façon décisive leur destin politique.

Le républicain Mitt Romney avait ainsi lancé à la tribune en 2011 que les "entreprises sont des personnes".

S'il avait plus tard décroché l'investiture de son parti, il n'était jamais parvenu à se débarrasser de l'image de riche homme d'affaires préférant les multinationales aux travailleurs américains, et avait perdu contre Barack Obama.

Donald Trump avait lui fait une entrée mémorable en hélicoptère en 2015, au même jour de la visite de sa rivale démocrate Hillary Clinton.

Vétéran de la politique et ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden sait aussi que la foire comporte ses écueils: c'est lors d'un discours ici pour la présidentielle de 1988 qu'il avait "emprunté" des extraits de discours d'un politique britannique sans le citer.

Face à la polémique, il avait rapidement quitté la course.

Jeudi, il est resté sur un terrain plus sûr, parlant économie et appelant à battre Donald Trump en novembre 2020.

Derrière ses lunettes de soleil aviateur, il a aussi dégusté une glace dans les allées bondées, suivi par une cohorte de journalistes.

Malgré le folklore, l'affaire reste très sérieuse pour des électeurs comme Claudia Roven, enseignante à la retraite de Des Moines. En attendant Joe Biden, elle a confié n'avoir toujours pas fait son choix sur le candidat démocrate le mieux placé pour battre Donald Trump.

Mais elle se souvient encore d'avoir été comme frappée par "la foudre" lorsqu'elle avait découvert ici le candidat Obama en 2007.

Alors, qui la convaincra pour la primaire démocrate?

"Je le saurai quand je le verrai, comme je l'ai su dès que j'ai vu Barack Obama".

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