Le parti du Premier ministre conservateur Boïko Borissov arrive en tête des législatives dimanche en Bulgarie, mais le vote protestataire a récolté davantage de suffrages qu'attendu, quelques mois après des manifestations massives contre la corruption.

Le parti Gerb, au pouvoir depuis 2009, est crédité d'environ 25% des voix, selon des sondages partiels sortie des urnes publiés à la clôture des bureaux de vote.

S'il se classe en première position, il a perdu neuf points par rapport aux précédentes élections de 2017, affaibli par des scandales de corruption et un mécontentement grandissant de la population.

De fait, le nouveau parti populiste de l'animateur de télévision Slavi Trifonov, connu pour ses critiques véhémentes du gouvernement, se situe ainsi au coude-à-coude avec les socialistes (entre 15 et 17%).

Parmi ceux qui sont descendus dans la rue l'été dernier, le parti "Bulgarie démocratique" (droite) a tiré son épingle du jeu (9%), tandis que "Debout! Mafia dehors" (gauche), devrait faire son entrée au Parlement avec 5% des voix.

- Citadins et jeunes mobilisés -

Le contexte anxiogène en pleine troisième vague de Covid-19, avec des hôpitaux pleins à craquer et un nombre important de personnes placées en quarantaine avait fait craindre une forte abstention.

Mais finalement le taux de participation a résisté: il se situait à près de 40% à 17H00 locales (14H00 GMT), contre quelque 42% à la même heure en 2017, selon la commission électorale.

"Le vote a été marqué par une mobilisation des électeurs citadins et des jeunes", a commenté à la télévision Boriana Dimitrova, directrice de l'institut Alpha Research.

Des bureaux de vote avaient par ailleurs été installés dans les hôpitaux et des urnes mobiles étaient apportées à des familles en quarantaine.

De nombreux électeurs confiaient, au long de la journée, leur soif de nouveauté.

"Je souhaite que des personnes plus jeunes entrent au gouvernement pour provoquer un changement", disait ainsi Stela Gueorguieva, 78 ans, dans la banlieue de Sofia.

En combinaison de travail, Krassimir Slavtchev, 43 ans, lançait le même message. "Voter et exiger de la responsabilité: c'est ce qu'il faut faire pour ne plus entendre que la Bulgarie est la plus pauvre d'Europe", assurait-il, tout en faisant la queue sous la pluie dans la capitale.

Le président Roumen Radev, qui avait soutenu les protestations antigouvernementales, avait appelé à la mobilisation des électeurs.

"J'ai voté contre la destruction de l'Etat de droit, contre l'arbitraire et la corruption (...) Ces élections constituent un pas vers le retour à la normalité", a-t-il déclaré dimanche à la presse.

- Négociations difficiles en vue -

En pointe dans les manifestations qui avaient mobilisé des milliers de Bulgares, Hristo Ivanov, dirigeant de Bulgarie démocratique, avait dit espérer "un Parlement plus légitime pour lancer un débat sur le changement".

Le Premier ministre, qui avait refusé il y a quelques mois d'organiser des élections anticipées, aura finalement réussi à sauver la première place mais les négociations pour former une coalition s'annoncent difficiles.

Refusant tout contact avec les médias depuis l'été, le dirigeant de 61 ans, ancien garde du corps qui se veut proche du "peuple", avait mené sa campagne sur Facebook où il retransmettait au quotidien ses visites, au volant de son 4x4, aux quatre coins du pays, à la rencontre d'ouvriers et d'employeurs.

A noter enfin, le parti de la minorité turque MDL, habituel faiseur de rois, devrait décrocher 10% des voix, tandis que les nationalistes du VMRO, qui participaient au gouvernement sortant, sont en perte de vitesse (4,6%).

Les résultats officiels définitifs ne seront pas connus avant jeudi.