Tout en ayant les yeux rivés au quotidien sur les indicateurs sanitaires, le gouvernement tente lundi de se projeter à plus long terme en discutant avec les partenaires sociaux de la "sortie de crise" ainsi que d'une prime pour les travailleurs "de la seconde ligne".

Lors de cette conférence de dialogue social, Jean Castex échangera à partir de 15H30 avec les organisations syndicales et patronales en visioconférence. Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire sera aussi à Matignon alors que la ministre du Travail Elisabeth Borne, testée positive au Covid-19, restera à distance.

Le gouvernement souhaite élaborer avec les partenaires sociaux une "méthode pour à la fois travailler sur les scénarios de levée de restrictions sanitaires" et "trouver le bon calendrier, le bon dosage" pour "travailler au débranchement progressif des aides" à l'économie.

Le moment peut sembler paradoxal, alors que la situation sanitaire extrêmement tendue en Ile-de-France fait la Une.

Mais pour le patron de la CFDT Laurent Berger, il est important d'"anticiper" et d'éviter un arrêt "brutal" des aides aux ménages et aux entreprises. "Il y aura un moment en mai-juin où la mer va se retirer et on va voir l'ampleur des dégâts", a-t-il jugé auprès de l'AFP.

"Nos concitoyens ont besoin d'entendre aussi un discours positif et le discours positif, c'est de commencer à dire comment on sort de cette crise, comment on accompagne le rebond", complète le président de la CFTC Cyril Chabanier.

"Il faut anticiper, mais attention à ce qu'on ne ferme pas trop rapidement les robinets d'aide publique", prévient cependant Yves Veyrier (FO).

Philippe Martinez (CGT), qui n'attend "pas grand chose" de la conférence, va insister sur "la conditionnalité des aides". "On ne peut pas supprimer d'emplois quand on touche des aides", a-t-il plaidé sur RMC lundi.

Elisabeth Borne a déjà annoncé la tenue de "concertations sectorielles".

Concrètement, le gouvernement devrait faire connaître lundi son arbitrage sur la durée et les conditions de la prolongation au-delà de fin mars des aides exceptionnelles à l'embauche des jeunes et au recrutement d'alternants qui ont permis d'éviter un effondrement de l'emploi des jeunes.

Selon le ministère, près de 1,3 million de moins de 26 ans ont été embauchés en CDI ou CDD de plus de trois mois entre août et janvier, avec 340.000 demandes de prime (1.000 euros par trimestre de contrat pendant au maximum un an). Côté alternance, il y a eu 495.000 demandes d'aide (5.000 euros pour un mineur, 8.000 pour un majeur).

- Prime à la deuxième ligne ? -

Autre point à l'ordre du jour: les travailleurs de la "deuxième ligne", particulièrement exposés à la pandémie, notamment dans le commerce de détail, la propreté, le bâtiment, le transport routier, essentiels pour la continuité économique et dont les salaires et conditions de travail sont pour la plupart peu enviables.

La ministre du Travail a lancé une mission sur le sujet, passant par la rédaction d'un rapport détaillé censé guider les discussions des partenaires sociaux dans les 15 branches les plus concernées.

Mais cela ne devrait pas aboutir avant plusieurs mois et le gouvernement réfléchit à un geste de plus court terme, comme une prime exonérée de cotisations sociales.

"Sur la prime Macron, nous préciserons demain (lundi) comment, pour qui et selon quelles modalités on en arrête le principe. Il faut qu'on en parle avec les syndicats et le patronat car cela va coûter de l'argent aux entreprises", a déclaré Jean Castex dimanche soir sur Twitch.

Le patronat se laissera-t-il convaincre ? Selon plusieurs syndicats, le Medef s'est montré très hostile à l'idée lors d'une réunion vendredi avec le ministère du Travail.

Laurent Berger invite l'Etat à "faire pression sur les branches". Philippe Martinez continue d'insister sur la nécessité d'une "augmentation immédiate des salaires", et plus particulièrement du Smic. "Le risque d'une prime, c’est un effet de substitution à des augmentations pérennes de salaires", alerte Yves Veyrier.

Pour cette conférence, le gouvernement a mis de côté les sujets qui fâchent: la réforme de l'assurance chômage, unanimement décriée par les partenaires sociaux, a été décidée en amont. Et ni la réforme des retraites, ni les déficits sociaux ne sont à l'ordre du jour.