La crise en Catalogne a braqué les projecteurs sur deux associations indépendantistes, l'Assemblée nationale catalane (ANC) et Omnium Cultural, qui, en cumulant plus de 100.000 adhérents, ont gagné une influence considérable sur l'avenir de la région.

Lundi, Jordi Cuixart, le dirigeant d'Omnium, et Jordi Sanchez, le patron de l'ANC, doivent être entendus par un juge d'instruction qui les a inculpés de "sédition" pour avoir encouragé des manifestations contre la Garde civile le 20 septembre dernier.

Des manifestants avaient alors bloqué pendant des heures des gardes civils dans le bâtiment qu'ils perquisitionnaient pour empêcher le référendum d'autodétermination du 1er octobre, déclaré illégal par la justice.

Les deux associations sont aujourd'hui des acteurs clés dans une région profondément divisée sur la question de l'indépendance.

- L'ANC -

Fondée en 2011, l'ANC est le plus jeune des deux mouvements. Son premier coup de force a été l'organisation le 11 septembre 2012, jour de "fête nationale" en Catalogne, d'une grande manifestation à Barcelone. Plus d'un million de Catalans ont défilé ce jour-là dans les rues de la ville et depuis la date est devenue un rendez-vous incontournable pour les séparatistes catalans.

Guillem Martinez, auteur de "La Gran Ilusion" ("Le grand espoir"), dit que l'origine de l'ANC remonte à 2009 lorsqu'une petite ville catalane, Arenys de Munt, a tenu un scrutin réclamant l'indépendance de la région. "Les partisans les plus endurcis de l'indépendance ont commencé à échanger par courriel pour au bout du compte fonder l'ANC", explique-t-il.

Après la grande manifestation de 2012, le président catalan de l'époque, Artur Mas, jusque-là un nationaliste modéré, a convoqué des élections régionales anticipées en promettant la tenue d'un référendum, comme réclamé par l'ANC.

La question de l'indépendance domine depuis l'agenda politique et l'influence de l'ANC est allée crescendo. Au point que Carme Forcadell, la première dirigeante de l'ANC, devient présidente du Parlement catalan lorsqu'une coalition séparatiste, dont fait partie le Gauche républicaine de Catalogne (ERC) dont elle est issue, remporte les élections régionales en 2015.

L'ANC compte aujourd'hui environ 40.000 membres à travers toute la Catalogne. "Il y a des villages de 17 habitants qui ont un groupe constitué", dit Albert Jaime, coordinateur de l'ANC dans le quartier de la Sagrada Familia à Barcelone.

- Omnium Cultural -

Omnium Cultural est la plus grande association citoyenne et culturelle de la région, selon son leader Jordi Cuixart. Le groupe a été fondé en 1961 avec pour objectif la sauvegarde de la langue catalane dont l'usage a été banni sous la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

Jordi Cuixart explique à l'AFP que son association a décidé en 2012 de participer activement au "processus de libération nationale". Omnium, ajoute-t-il, a toujours entretenu "une relation très fluide" avec le gouvernement catalan et discute avec tout le monde, du président du Parti socialiste catalan au petit parti d'extrême gauche CUP, allié indispensable de la coalition actuelle.

Mais son leader refuse qu'Omnium soit catalogué comme la voix du peuple. "Nous ne sommes ni le porte-parole du gouvernement (catalan) ni celui de la société, cela serait trop présomptueux", dit-il. Reste que "les deux Jordi", comme on appelle souvent les deux patrons de l'ANC et d'Omnium, ont l'oreille du dirigeant catalan Carles Puigdemont qui les consulte régulièrement.

Renvoyer les deux chefs, qui risquent la prison, devant la justice ne freinerait aucune des deux associations, prévient Albert Jaime, le coordinateur de l'ANC. "Cela ne ferait que décupler la colère de la population et la jeter encore plus dans les rues", prévient-il.